Le Temps: Quel fut alors votre sentiment face à cet événement?

Catherine Bourlet: Ce que j'en conserve comme souvenir, c'est surtout sa soudaineté. J'étais d'ailleurs dans la salle quand c'est arrivé. Une minute plus tôt, il n'y avait rien. Et tout d'un coup c'est fait. Cette fulgurance vous saisit. D'autant plus que vous avez développé certaines relations avec la plupart des tableaux, que vous avez appris à les connaître. C'est un peu une famille. Particulièrement au Petit Palais, où nombre d'œuvres avaient pour thème des personnages. En plus, à 30 ans, j'étais au début d'une carrière marquée par un monde, l'esthétisme, dominé par les émotions. Ce fut très fort.

– A vous entendre, c'était presque une atteinte contre vous-même?

– Quelque part, je pourrais presque dire que cet acte de déprédation de deux toiles recelait presque une notion de viol. Je vais peut-être un peu loin en disant cela, mais entendez par là un viol sacrilège, lié aux émotions esthétiques que je viens d'évoquer. Alors qu'en fait, ces toiles n'avaient été que rayées, griffées avec une pièce de monnaie.

– Ce geste a donc une portée symbolique?

– Cette personne, visiblement, n'était pas bien dans sa vie. Et ces portraits-là, au moment où elle les a vus – par leur beauté, leur sensibilité, leur image de déshabillé féminin –, ont certainement réveillé quelque chose. J'irais plutôt dans ce sens. Parce qu'il y avait d'autres tableaux qu'elle aurait pu agresser.