Se promener sur les hauts de Môtiers (NE) cet été, c’est risquer de tomber nez à nez avec un rhinocéros. Un animal en pierre de trois tonnes, harnaché et… suspendu à un sapin. Cette étonnante créature a pour maître l’artiste vaudois Olivier Estoppey, et figure parmi les dizaines d’œuvres disséminées dans ce coin verdoyant du Val-de-Travers. Qui fête, ce week-end, le retour de son historique exposition en plein air.

Sculpture et nature, le mariage est propice. Il a vu naître des rendez-vous incontournables comme la triennale Bex & Arts ou le parcours heart@geneva. Sortie de terre en 1985, Môtiers – Art en plein air remporte la palme de la longévité. Alors que l’édition de 2015 devait être la dernière, l’équipe a finalement remis le couvert et invité de nouveau une cinquantaine d’artistes suisses à faire de cette commune neuchâteloise, aux rues pavées et reliefs boisés, leur atelier.

Comité d’accueil

«Ce n’est pas évident: la nature y est très puissante, c’est une sacrée concurrente!» souligne Marie Delachaux, l’une des responsables de l’exposition. Une concurrente, et une inspiration. Avec l’aide d’un ébéniste, l’illustrateur Martial Leiter a donné vie à une mouche géante semblant s’être écrasée tête la première en forêt. Ailleurs, l’environnement devient cocréateur: c’est en versant de la cire chaude dans la source bouillonnante de la Sourde que Rebecca Sauvin a obtenu ses formes coulées en bronze, semblables à d’étranges êtres aquatiques.

Après une pause à la buvette en haut de la cascade, on poursuit la découverte des œuvres au fil d’une balade de trois heures. «Certaines sont marquées par l’effet de l’année pandémique», note Marie Delachaux. Dans une maisonnette abandonnée, autrefois antre d’un fabricant d’alambics de la région, une quarantaine de personnages grandeur nature patientent. Signé Zoé Cappon et Jonathan Delachaux, ce comité d’accueil aux visages de plâtre évoque à la fois l’enfermement et l’éloignement dus au confinement.

Comme une revanche, d’autres semblent vouloir avaler l’espace. Comme cette grue transformée par Denis Roueche en mobile gigantesque, ou cet imposant temple noirci construit par les Frères Chapuisat dans lequel on se glisse à quatre pattes pour admirer le ciel. Quant à La Chapelle inversée d’Alexandre Joly, tout droit sortie d’un conte avec ses grandes lucarnes teintées, on irait bien s’y recueillir et y cueillir la lumière.


Môtiers 2021 – Art en plein air, accueil en face du Théâtre des Mascarons, Grand-Rue 14A, Môtiers (NE), du 20 juin au 20 septembre, ma-di 10-18h. Retrouvez tous les articles de la rubrique «Un jour, une idée».