cinéma

Et si c’était Melgar qui (re) gagnait?

Vingt films en compétition à Locarno pour un seul Léopard d’or. Au dernier jour du festival, les pronostics vont bon train. Une œuvre se détache nettement du lot

Sur les vingt films présentés en compétition internationale se sont fourvoyés deux médiocres ­téléfilms, Tanathur (Israël) et Onder Ons (Pays-Bas). D’autres, vaseux, filandreux, erratiques, font petite figure. Prétentieux, dépourvus d’enjeux, ils distillent un ­ennui profond en suivant trois sœurs en petite culotte (Abrir Puertas y Ventanas, Argentine), un prisonnier évadé (El Año del Tigre, Chili), un projectionniste serial killer (Dernière Séance, France) ou des bandits emphatiques dans le bocage français (Les Chants de Mandrin).

Mélange hétéroclite

Sinon, la diversité des genres et des pays d’origine ne facilite pas la tâche du jury, présidé par le producteur Paulo Branco. Quel rapport trouver entre un trentenaire roumain qui se fait du souci pour sa mère hospitalisée (Din Dragoste cu Cele Mai Bune Intentii) et des prolos japonais amateurs de rap et de Brésil (Saudade)? Quels points communs se dessinent entre une histoire de fantôme japonais (Tokyo Koen), un dessin animé roumain (Crulic-Drumul Spre Dincolo), un récit sentimental français (Un Amour de jeunesse), une comédie américaine sur l’intégration des gros (Terri)?

De ce mélange hétéroclite émergent quelques titres. Deux films contemplatifs, intégrant la nature à la narration, Mangrove, de Frédéric Choffat et Julie Gilbert (Suisse), poème sur la face d’ombre des plages de rêve, et The Loneliest Planet, de Julia Loktev (Etats-Unis/Allemagne), méditation sur la fragilité du sentiment amoureux face à l’immensité du paysage. Et une merveille, Another Earth, de Mike Cahill (Etats-Unis), un essai de science-fiction compensant la maigreur de ses moyens par une belle réflexion sur le déterminisme et le pardon. Sous une Terre jumelle apparue dans le ciel, comme un miroir des actions humaines, une femme cassée et un veuf s’apprivoisent dans l’ombre d’une tragédie.

Une œuvre se détache nettement du lot. C’est Vol spécial, de Fernand Melgar. Seul documentaire en compétition, il aborde à bras-le-corps le problème de l’immigration. Il témoigne d’une humanité et d’une maîtrise de la grammaire cinématographique dont peu de films peuvent s’enorgueillir. Il fait rire et pleurer, soulève les passions et lance un débat de société. Il y a trois ans, Fernand Melgar a été primé à Locarno pour La Forteresse. Un deuxième Léopard d’or pourrait sans vergogne rejoindre le premier. Le palmarès de la 64e édition du Festival du film de Locarno sera dévoilé ce samedi soir à 21h30

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