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A Harlem, l'Apollo Theater a changé son enseigne dès l'annonce de la mort de Prince.

Reportage

«C'était une âme envoyée par Dieu pour changer le monde»

Devant l'Apollo Theater de Harlem, la foule s'est rassemblée en hommage à la star de la pop. Le pays entier est sous le choc après la disparition d'un artiste tantôt perçu comme un sex symbol, tantôt comme un chrétien conservateur qui a transcendé les créneaux musicaux, les genres et la race

Sur la 125e rue à Harlem, le trottoir tatoué de plaques dorées en l’honneur de James Brown, Aretha Franklin et de Michael Jackson est squatté depuis jeudi soir. Devant le mythique Apollo Theater, en ce vendredi matin, la foule est encore sous le choc. Earl Baggett, proche de la trentaine, porte un gilet pourpre et un T-shirt noir de circonstance: «When Doves Cry, 1958-2016, Purple Rain». Il le dit sans hésitation: «Prince a toujours été dans mes rêves. J’ai pensé qu’il allait vivre assez longtemps pour que je le voie un jour. Malheureusement, ce ne sera plus possible.» A l’affiche de l’Apollo, ces mots: «In honor of the Beautiful One Prince, Nothing Compares 2 U.» Un haut-parleur crache les meilleurs morceaux de la star.

Caran Menardy a tapissé le sol de photos de l’icône de la pop, du funk, du rock et de R&B. Elle est dithyrambique à propos d’un musicien total, capable de jouer de multiples instruments, composant pour lui et pour d’autres: «Prince avait une personnalité difficile à comprendre. C’était une âme unique que Dieu a envoyée pour changer le monde. Il était lui-même, que ça plaise ou non.» Afro-Américaine elle aussi, Shirley Lewis, 73 ans, n’en revient pas non plus: «J’ai regardé trois fois le film Purple Rain depuis l’annonce de sa mort.»

Prince avait un rapport affectif à Harlem. Il s’est produit plusieurs fois à l’Apollo Theater, temple de la culture afro-américaine. Un jour, il a fait don d’un million de dollars pour une ONG s’occupant des enfants pauvres du quartier. Lors d’un dernier concert intimiste, dans le quartier de Meatpacking à Manhattan, le 18 mars dernier, il a annoncé qu’il était en train d’écrire ses mémoires, à paraître l’an prochain: The Beautiful Ones.

Crier sa musique

La mort de l’icône de la pop a pris tout le monde de court, sauf peut-être l’artiste lui-même, qui déclarait à ses fans, quelques jours avant son décès: «Attendez quelques jours avant de gaspiller vos prières.» La nouvelle de sa mort a provoqué des rassemblements spontanés aux quatre coins des Etats-Unis et notamment près de sa demeure de Paisley Park, à Chanhassen, dans le Minnesota. Tout de pourpre vêtu, le cinéaste Spike Lee a rapidement envoyé une invitation par Instagram à une street party au siège de sa société à Brooklyn: «Nous allons danser, chanter et crier sa musique.» Les chaînes de télévision ont toutes modifié leurs programmes pour consacrer la soirée entière à un artiste qui a marqué plusieurs générations.

A lire également: Comment Prince a tenté d’échapper à la toile

La star de Minneapolis était connue comme un artiste doué capable de transcender aussi bien les styles musicaux que les genres et les races. Il jouait même sur son identité sexuelle, un exercice osé dans les années 1980. La chanson Darling Nikki, qui évoque la masturbation, avait choqué Tipper Al Gore, une sénatrice démocrate et épouse du futur vice-président Al Gore, qui fit pression pour que les albums de l’artiste mettent en garde contre leur contenu. Le journaliste afro-américain Steven Thrasher relève que Prince a «déconstruit l’idée de genre» pour montrer un homme différent. Il a présenté une «masculinité noire qui n’était pas vraiment en adéquation avec l’hyper-masculinité présente dans le rap» de l’époque. A contrario, il a permis aux jeunes Blancs américains, un peu à l’image de Beyoncé aujourd’hui, de mieux comprendre la condition des Noirs outre-Atlantique.

Devant l’Apollo Theater, Earl Baggett a admiré chez Prince une qualité qui apparaît en contradiction avec son statut de sex-symbol: «Sa spiritualité m’a beaucoup inspiré.» Le maître de la pop était considéré comme un chrétien conservateur. Ses albums sont truffés de référence à Dieu et à la Bible. Dans sa chanson The Pope, il chantait: «Tu peux être président, je préfère être pape.» Ses musiques ont été diffusées lors des visites papales de Benoît XVI et de François en 2008 et 2015. Elevé dans le cadre de l’Église adventiste, il deviendra plus tard un témoin de Jéhovah. En cette qualité, il n’aurait pas pu voter pour Barack Obama lors de la présidentielle de 2008.

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