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Sacha, bourgeois de 7 ans, apprend le violon. Ça l’ennuie. Il est plus attiré par le rouleau compresseur qui goudronne la voie de l’avenir devant chez lui. Une amitié se noue avec Sergueï, l’ouvrier aux pognes puissantes. Travail de fin d’études et film pour enfants, Le Rouleau compresseur et le violon (1969) est soviétiquement correct. Pourtant, par-delà l’éloge du prolétariat, transparaît la réalité de l’invisible. Les reflets du soleil sur les flaques, la réalité que diffractent les miroirs dans une vitrine font miroiter cette dimension spirituelle vers laquelle tend tout le cinéma d’Andreï Tarkovski (1932-1986).

Pour marquer le vingt-cinquième anniversaire de la disparition du maître russe, paraît un coffret de huit disques rassemblant les sept longs métrages (L’Enfance d’Ivan, 1962; Andreï Roublev, 1966; Solaris, 1972; Le Miroir, 1974; Stalker, 1979; Nostalghia, 1983; Le Sacrifice, 1986), ainsi que les courts et quelques approches documentaires. C’est une œuvre essentielle.

Héritier d’une ancienne culture russe spiritualiste, convaincu que «La beauté sauvera le monde», Andreï Tarkovski pensait que le film devrait être «un acte moral purificateur». Persécuté par les autorités soviétiques, rétives à ses «rébus de subjectivité», finalement contraint à l’exil, il a défendu par l’image la nécessité de la foi. D’Ivan, l’orphelin incorporé dans l’armée russe, au petit garçon muet, couché sous un arbre mort au dernier plan de Sacrifice, sans oublier le Stalker, la «larve» qui plaide pour l’espoir, tous les personnages tarkovskiens véhiculent cette idée que la victoire appartient aux faibles, aux doux, aux démunis.

Ce credo s’exprime à travers des illuminations et des épiphanies sidérantes. La dernière partie d’Andreï Roublev relate la fonte d’une cloche de bronze; les transmutations de la matière culminent dans l’or immatériel des icônes. Dans Solaris, une planète océane matérialise les désirs d’une poignée de cosmonautes. Lors d’une suspension de la gravitation artificielle, l’un d’eux flotte dans les airs avec sa femme ressuscitée au son du Prélude en fa mineur de Bach, valse grandiose et funèbre se résorbant en pietà. Dans Stalker, dont mille visionnements n’épuiseront jamais les mystères, trois hommes cheminent dans la Zone, un champ de ruines inscrit à la tangente du tangible et de l’invisible. Ils avancent vers la Chambre des désirs où ils se confronteront à leur vérité intime.

Ce coffret Tarkovski est la pierre d’angle de toute collection de DVD digne de ce nom.

Andreï Tarkovski. L’Intégrale, 8 DVD, Agnès B. Env. 150 fr.