Genre: DVD
Qui ? Serial écrit par Norman S. Hall (1939)
Titre: Buck Rogers
Buck Rogers
Chez qui ? Bach Films

I ls ont besoin d’uranium. Cachés dans leur grotte, ils fomentent la préparation d’une «superbombe H» afin de dévier la Terre de sa trajectoire. Ainsi, Mars pourrait se lover sur son orbite et bénéficier de son atmosphère. Ils veulent réaliser ce plan car ils n’ont pas d’état d’âme: «Je suis Marex», dit un émissaire; «Je viens de la planète Mars. Je ne suis pas un humain au sens où vous l’entendez, mais mon peuple est plus avancé en intelligence et en recherche scientifique que les Terriens.»

Ainsi débute Zombies of the Stratosphere, œuvre dont le seul titre, on en conviendra, vaut son pesant de pop-corn. Datant de 1952, elle est tardive dans l’histoire du serial, qui s’éteindra quelques années plus tard. Au fil des mois, le précieux éditeur Bach Films étoffe sa collection avec ces Zombies…, mais aussi avec Buck Rogers, l’aventurier qui, suite à un accident de zeppelin, se retrouve plongé en «animation suspendue» (un genre de cryogénie) avec son compère Buddy. Le tandem est retrouvé, et sorti du sommeil, 500 ans plus tard, en 2440. Un choc. «Je suis assez vieux pour être mon arrière-grand-père», observe Buddy, lequel a une drôle de conception des générations. La Terre, dans ce futur-là, est dominée par Killer Kane, le tyran qui enrégimente l’humanité – l’adaptation de la bande dessinée de Dick Calkins est mise en chantier en 1939… Même fantaisiste, le ­serial a ses résonances avec son époque.

Présentés par le spécialiste ­Roland Lacourbe, les coffrets de Bach Films montrent la variété des genres investis par les producteurs américains, du feuilleton noir avant l’heure (les Dick Tracy) à la science-fiction façon Flash Gordon, en passant par le thriller (SOS Coast Guard, qui mettait en vedette Béla Lugosi) ou le cycle de Zorro.

De 1912 à 1956, rien qu’aux Etats-Unis, 500 serials ont été produits. Ces fictions par 12 épisodes de 20 minutes évoquent bien sûr les séries TV qui triomphent aujourd’hui – cette filiation est pourtant fausse, les séries devant davantage à la radio qu’au cinéma (lire aussi ci-contre).

Pourtant, découvrir cette production foisonnante révèle les expériences narratives auxquels se livraient les auteurs. Une joyeuse prédominance de l’action, malgré des moyens et des décors limités. Le spectateur plongé dans Zombies of the Stratosphere aura droit, en quelques premiers épisodes, à une bataille de fusées, au déraillement d’un train et à une course-poursuite en bateau. Toutefois, il faut faire durer ces intrigues et des stratagèmes pour gagner du temps, c’est-à-dire différer l’avancée de l’histoire, sont vite mis au point. De même que le cliffhanger, la situation apparemment inextricable en fin d’épisode, de façon à harponner le public.

La fidélisation avait ses limites. Se rendre chaque semaine dans le même cinéma pendant trois à quatre mois pour suivre le serial – présenté en complément à un film – exigeait une «fréquentation assidue», relève Roland Lacourbe. La majeure partie du public ne suivait pas d’aussi près les aventures de Buck Rogers et consorts, butinant les épisodes de cas en cas. L’effet premier du serial est la constitution de ce public de masse, cédant de manière plus ou moins régulière à l’attraction de la salle obscure.

Dans un passionnant livret, ­Roland Lacourbe précise la différence, qu’il qualifie de «fondamentale», entre ces antiques serials et les feuilletons actuels: «Aujourd’hui, […] les séries télévisées sur lesquelles travaillent les meilleurs scénaristes, visent désormais un public adulte. Hier, le serial était avant tout destiné aux teen-agers et considéré par les intellectuels comme un sous-genre indigne d’attention. La situation s’est donc purement et simplement inversée!».

De fait, le véritable héritage du serial semble plutôt résider dans l’univers du «nouvel Hollywood», celui des têtes brûlées devenues maîtres du business, Steven Spielberg et George Lucas en tête. Ou les sagas telles qu’Harry Potter, cette fois en format XXL. En attendant le prochain plan pour «envoyer la Terre dans l’espace» [sic].

Buck Rogers:

«Qui est Killer Kane?»

Le Pr. Huer: «Le résultat de la stupidité des hommes de votre siècle. ous êtes tombés dans un état de chaos» «Buck Rogers» (1939), épisode 1