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Marc Chagall, «La Noce» (détail), 1911, huile sur toile, 99,5 x 188,5 cm.
© Musée national d'art moderne, Centre Georges Pompidou, Paris / ProLitteris, Zurich

Exposition

Chagall, la verve poétique d’un peintre

Le Kunstmuseum de Bâle présente les années qui marquent le sommet de l’œuvre du peintre d’origine russe, entre velléités modernistes et sujets nostalgiques. La magie opère

Plus fantastique que surréaliste, tenté par le cubisme, proche de l’orphisme de Robert Delaunay et de la poésie d’Apollinaire, Marc Chagall (1887-1985) a élaboré l’essentiel et le plus original de son œuvre entre 1911 et 1919. Une œuvre qui doit beaucoup au folklore de la Biélorussie natale et à «l’iconographie du shtetl» (terme désignant les petites villes russes dont la population était juive), à laquelle une salle est réservée.

L’exposition bâloise, consacrée à ces «années charnières», fait la part belle aux composantes biographiques et aux souvenirs, en tant que source majeure d’inspiration. Le portrait qui se dessine est celui d’un peintre à part pour qui, en ce début du XXe siècle propice aux expérimentations stylistiques, jusqu’aux plus radicales, le sujet semble compter davantage que la facture, et la couleur que la forme.

A lire: Chagall avant la maturité

On découvrira des toiles majeures, réalisées durant la période parisienne qui s’étend de 1911 jusqu’au début de la guerre, dont le déclenchement oblige l’artiste à demeurer en Russie. Avant d’arriver en France, le jeune peintre avait déjà emmagasiné tout un répertoire de motifs, le plus souvent ruraux et à composante symboliste – la vache couchée sur le plancher de la maison, les personnages joyeux, ou rêveurs, à la tête renversée, les charrettes menées par un vieux cocher, les mariés, les rabbins et les poules. S’ajoutera, à Paris, la figure du poète, comme dans ce premier avatar tout en facettes, dont les teintes, l’alternance de bleu et de blanc, font penser à Fernand Léger et dont la sobriété, chromatique notamment, est du meilleur Chagall.

Chat humain

L’exposition compte des œuvres fameuses, qu’on se gardera de manquer: le merveilleux Paris par la fenêtre, avec son personnage à tête de Janus et son chat à visage humain, et les petites fleurs sur une chaise. Encore un tableau daté de 1913, année qui a vu naître, en Europe, un nombre sidérant de chefs-d’œuvre. Ou l’Hommage à Apollinaire, où figure le motif du cadran de montre, souvent repris, et où, encore une fois, le personnage se dédouble. Un autre portrait, dessiné cette fois, montre Apollinaire avec son ami Cendrars, tous deux étendus, serrés l’un contre l’autre, représentation familière et néanmoins mystérieuse de la poésie.

Ces séquences urbaines, particulièrement soignées quant à leur composition et à leur style, dialoguent ici avec les scènes villageoises, exécutées par l’artiste de retour en Russie. Bella, la fiancée bientôt épouse et mère, s’introduit dans ces visions plus tranquilles, parfois accompagnée de la petite fille du couple, Ida. L’accrochage, qui embrasse donc une tranche de vie, s’arrête au moment où l’artiste, touché par les dérives de la Révolution, s’apprête à s’exiler. Entre judaïsme et christianisme, La Chute de l’ange figure dramatiquement ce monde à l’envers où l’homme peine à retrouver ses repères.

Différents autoportraits émaillent ce parcours biographique, où le visage caractéristique de Chagall, au menton pointu et aux yeux de chat, est lui-même mis en scène, grimaçant, caressé par des personnages lilliputiens, souriant avec roublardise et une once de féminité.

Quand l’artiste s’envole vers la lune

Sans oublier, en 1909, le classique autoportrait avec pinceaux et béret, affirmation d’une vocation et d’un statut, tableau auquel fait écho, dès 1917, cette image où le peintre, sans lâcher sa palette, s’envole vers la lune. Tout Chagall est là, dans cette tension entre un réalisme nostalgique et des velléités modernistes, et universelles.

De nombreux dessins, à l’encre, au crayon, à la gouache, illustrent enfin l’acuité du regard et la finesse de l’artiste, observateur au trait parfois mordant, mais jamais dénué de tendresse. Chez Marc Chagall, et le public ne s’y trompe pas, les sentiments sont prêts à affleurer, et l’humour ne va pas sans amour.

Les sujets liés à la vie juive, et aux croyances et traditions juives, cohabitent en bonne harmonie avec les motifs chrétiens. Ainsi, dans La Chute de l’ange, la Torah et les Evangiles semblent-ils s’associer justement pour rendre à l’homme ses repères, des repères qui relèvent des souvenirs et des rituels de l’enfance, et d’une véritable spiritualité.

Qu’il montre la Nativité et la Crucifixion, des scènes de la synagogue ou des rabbins à l’étude, le peintre insuffle dans ses tableaux autant de sincérité et de recul critique. Les images émouvantes captées dans les zones juives à l’Est par les photographes Solomon Judowin entre 1912 et 1914 et Roman Vishniac à partir de 1935 corroborent d’une certaine façon la vérité des compositions de Chagall, en dépit des affabulations et de la licence poétique exercée par celui-ci.


«Chagall 1911-1919, les années charnières», Kunstmuseum, Bâle, jusqu’au 21 janvier 2018.

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