Cinéma

«Chambre 212», au rendez-vous des fantômes d’amour

Une femme en crise retrouve pour le meilleur et le pire tous les hommes qu’elle a aimés au cours de sa vie dans un marivaudage existentiel d’une grande finesse

Richard (Benjamin Biolay) et Maria (Chiara Mastroianni) sont mariés depuis vingt ans. Il est fidèle, elle a la cuisse légère. Un SMS intempestif brise l’harmonie du couple. Maria quitte le domicile conjugal et prend une chambre dans l’hôtel d’en face avec vue plongeante sur l’appartement qu’elle a déserté. Elle y retrouve de façon tout à fait inattendue Richard (Vincent Lacoste), non pas le mari de 45 ans qui boude dans son living, mais celui qu’elle aima passionnément naguère. D’autres nombreux amants, une ancienne rivale (Camille Cottin), la prof de piano qui a initié le jeune Richard aux choses du sexe, mais encore sa mère, sa grand-mère et un personnage allégorique, sa Volonté, se pressent dans la chambre 212, référence à l’article 212 du Code civil selon lequel «les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance».

Christophe Honoré est un cinéaste qui connaît des hauts (Les Chansons d’amour, Les Bien-aimés) et des bas (Homme au bain). Après Plaire, aimer et courir vite, évocation complaisante des années sida, il signe un intermezzo épatant. Réunion de fantômes d’amour, digressions dans les strates du temps et du sentiment, échappées vers des destins alternatifs: Chambre 212 mêle habilement gravité et légèreté. Les dialogues sont finement ciselés, drôles et cruels; la bande-son nostalgique rassemble Mouloudji, Jean Ferrat et Aznavour.