Lire au fil de l’été

«Dans la chambre de Nabokov»

Laurence Boissier est notamment l’auteure d’«Inventaire des lieux» (art&fiction) et de «Rentrée des classes». Dernier livre paru: «Safari». Chaque semaine, elle tient la chronique de son été.

Depuis le jardin où je suis assise, j’aperçois un trait blanc de 3 millimètres de haut, le jet d’eau de Genève. J’ai la chance de résider au château de Lavigny pendant un mois. En réalité, il ne s’agit pas d’un château mais d’une maison construite au XVIIIe siècle par un médecin qui comptait notamment Voltaire parmi ses patients. Un éditeur allemand, Heinrich Maria Ledig-Rowohlt, la racheta en 1970 pour y passer sa retraite avec sa femme Jane. C’est Rowohlt qui, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, a lancé les «RoRoRo» (Rowohlt Rotations Romane), des livres de poche peu coûteux qui ont notamment permis aux Allemands de relire des livres auparavant bannis par le régime nazi.

Cette résidence d’écriture offre aux autrices et traductrices* un environnement d’où le stress a été méthodiquement extrait. Nous sommes cinq à évoluer ici dans ce vide d’air et nous remercions Jane d’avoir souhaité que sa maison nous accueille après sa mort. Dans ma vie de tous les jours, j’oscille entre deux méthodes de réduction du stress, l’expulsion sur autrui ou la décomposition interne. Or, elles sont toutes deux toxiques, soit pour mes proches, soit pour moi-même. Cet endroit de rêve me permet d’échantillonner une troisième méthode, l’éloignement de la source.