Le jury de Quentin Tarantino a créé l'événement, cette année à Cannes, en gratifiant du Prix du jury la comédienne Irma P. Hall pour sa prestation dans Ladykillers, ex aequo avec Tropical Malady, film thaïlandais d'Apichatpong Weerasethakul. Jamais encore décernée à un acteur, cette récompense salue une carrière digne des figures fétiches du cinéma de Tarantino.

Agée d'une septantaine d'années, cette mamie flingueuse qui ruine, dans ce remake des frères Coen, les plans d'une poignée de caves recrutés par Tom Hanks, a débuté sur le tard. Enseignante vingt-sept ans durant dans un lycée de Dallas, elle est sollicitée pour la première fois par le cinéma à presque 40 ans, un divorce et deux enfants. Poétesse à ses heures – elle a même publié en 1998 un recueil intitulé I Can Deal With Black and Blue –, c'est l'une de ses lectures publiques qui séduisit un producteur, décidant par là même de sa nouvelle orientation.

Connue principalement pour ses rôles dans des téléfilms et séries TV – comme Soul Food (2000) également adapté sur grand écran (1997) –, son parcours cinématographique compte quelques jolies participations – quoique toujours discrètes. On l'a vue notamment dans Backdraft (1991) de Ron Howard, dans Minuit dans le jardin du Bien et du Mal (1997) de Clint Eastwood, Beloved (1998) de Jonathan Demme et La Couleur du destin (1996) de Richard Pearce pour lequel elle remporta le Chicago Film Awards du meilleur second rôle. C'est cependant grâce aux frères Coen qu'Irma P. Hall a gagné enfin la pleine lumière, sorte d'apothéose tardive pour cette drôle de dame.