Ne serait-ce que pour lui, il faudrait déjà découvrir Eurêka de Shinji Aoyama, film fleuve de 3 h 37 et cause célèbre de Cannes 1990 qui sort enfin à Genève. Dans le rôle d'un conducteur de bus qui survit à une prise d'otages et devient un père de substitution pour deux adolescents traumatisés, Koji Yakusho fait une nouvelle fois merveille par son jeu subtil. Si le beau visage un peu défraîchi de ce Japonais vous dit quelque chose, c'est sans doute que vous aurez reconnu le héros de L'Anguille ou de Shall We Dance.

Né en 1956 près de Nagasaki, cadet de cinq frères, il s'appelait alors Koji Hashimoto. Son nom d'artiste, qui signifie «emploi public», serait dérivé d'un premier travail comme garde municipal à Tokyo! Ce n'est en effet qu'après ses études (de technologie) qu'il s'est tourné vers le métier d'acteur. Remarqué lors d'un concours par le grand Tatsuya Nakadai, il débute à ses côtés dans un film de samouraïs en 1979. En 1983, il perce à la télévision (les séries Tokugawa Ieyasu et Miyamoto Musayhi) et devient star de cinéma en 1988, mais l'Occident ne le découvre qu'en 1997 dans le rôle du meurtrier convalescent de L'Anguille, film de Shohei Imamura qui remporte la Palme d'or à Cannes. L'Homme qui dort (Kohei Oguri), Shall We Dance (Masayuki Suo) et Cure (Kiyoshi Kurosawa) suivront de près, puis Charisma (Kurosawa) et De l'eau tiède sous un pont rouge (Imamura). En 40 films, qu'il y soit flic ou yakuza, salaryman ou marginal, ce père tranquille à la ville (marié à l'actrice Saeko Kawazu, ils ont un fils) paraît toujours aussi crédible et humain. On attend avec impatience de le retrouver dans Doppelgänger de Kurosawa et Lakeside Murder Case d'Aoyama.