Il suffirait que sa voix grave dise «Bonne nuit les petits» et tous les enfants de la planète s'endormiraient dans la seconde. Jardinier cultivé et enrobant dans Loin du Paradis (lire en page 35), Dennis Haysbert est un nounours. Mais alors un grand nounours. Toujours plus grand que ses partenaires, qu'il s'agisse de Michelle Pfeiffer (Love Field de Jonathan Kaplan, 1992, pour un rôle proche de Loin du Paradis), Val Kilmer (Heat de Michael Mann, 1995), Clint Eastwood (Les Pleins Pouvoirs, 1997) ou Harrison Ford (L'Ombre d'un soupçon de Sydney Pollack, 1999). Si bien que même filmé à côté de Kilmer ou de Clint, grandes perches s'il en est, il est difficile de se souvenir d'une séquence où Dennis Haysbert n'est pas saisi en contre-plongée, comme les géants de contes de fée. Pour le cadrer tout entier, il faudrait inventer le Cinémascope en hauteur.

Il en va de même depuis vingt-cinq ans. Mais tout pourrait changer grâce à ses interprétations dans Loin du Paradis et surtout dans la série 24 Heures Chrono (TSR le jeudi soir) où il incarne le sénateur californien David Palmer. Acclamé, ce rôle vient de sortir Haysbert du rayon des faire-valoir noirs. A 48 ans, Haysbert n'est plus seulement «le grand black» (1 m 95), celui qui a joué vingt, trente fois le basketteur ou le flic patibulaire. Il vient d'obtenir le droit de déployer une ambiguïté suave aperçue en 1993, dans Suture de Scott McGehee et David Siegel où il incarnait un Noir persuadé d'être Blanc. Par une belle ironie, c'est la télévision qui arrache enfin ce comédien aux emplois de circonstance. La télévision qui l'avait usé à toutes les sauces dès 1979, un épisode par-ci un épisode par-là, de Buck Rogers à Hulk, en passant par l'Agence tous risques, Magnum, Crime Story ou Au-delà du réel.