Sourcils broussailleux, yeux encavés, lèvres gloutonnes, la ressemblance entre Eric Cantona et le personnage qu'il incarne à l'écran est pour le moins frappante. A se demander si L'Outremangeur, imaginé par Benaquista et Ferrandez (lire ci-contre), ne devait pas son inspiration aux outrances de l'ogre des stades. Ce rôle bestial de commissaire obèse, exorcisant ses démons à travers le regard impitoyable de sa Belle amie, constitue une mise en abyme singulière des amours cathartiques entre Cantona et la caméra.

C'est au cinéma en effet que l'artiste incompris du football français, trop large déjà pour l'étroitesse des stades, s'est dégrossi, a gagné en respectabilité. Moins spectaculaire que sur la pelouse, son talent s'est bâti petit à petit. De ses prestations décalées sous la houlette de Valérie Lemercier (la pub pour les rasoirs Bic) à ses apparitions plutôt conformes à son image de bonhomme au sang chaud dans Le Bonheur est dans le pré et Les Enfants du Marais.

Sa modestie et son endurance ont fini par payer. Terminé le Canto épinglé par les Guignols de l'Info, précieuse ridicule s'essayant aux arts à la façon de Stallone et de Van Damme. Affiné, l'ex-roi de Manchester United règne désormais sur un théâtre phocéen où l'on joue du Tennesse Williams. Et réalise, grâce aux cachets de Nike dont il fut la figure emblématique, ses propres métrages, telle cette adaptation d'une nouvelle de Bukowski, présentée cette année au FIPA de Biarritz. Il manquait seulement à ce nez aiguisé de dénicher le rôle taillé à sa carrure, un personnage ayant suffisamment de corps pour pouvoir s'y déployer.