Le rôle de truand désabusé qu'incarne Gérard Lanvin dans le second film de Sam Karmann marque vraisemblablement un tournant dans la carrière du comédien. La cinquantaine assurée, l'éternel mercenaire du cinéma français semble désormais en mesure d'imposer une stature lorgnant toujours davantage du côté de Gabin et Ventura. Pourtant, quelque chose continue à lui manquer. Comme l'absence d'un véritable ancrage cinématographique, d'un registre taillé à sa mesure, quelque part entre les personnages de Melville et les diatribes d'Audiard.

Acteur en quête perpétuelle d'auteur, la dernière gueule hexagonale est née trop tard pour profiter, comme Delon et Belmondo, du souffle de Godard et Visconti. Trop tard aussi pour que sa verdeur des rues trouve écho chez Blier, Sautet et Truffaut, à l'inverse de Dewaere et Depardieu, ses aînés de peu.

Découvert par Martin Lamotte, son chemin croise ensuite celui de Coluche qui l'adoubera fidèle second dans la vie et Chevalier Blanc dans Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine (1980). Sa carrière trace peu à peu son sillon entre les succès critiques tel Extérieur nuit de Jacques Bral (1980) et des fulgurances publiques comme Marche à l'Ombre (1984).

Légitimement réévalué avec Le Fils préféré (1994), son talent continue de se distribuer, avec une parcimonie volontaire, entre d'infâmes navets et de jolies réussites dont la dernière, Le Goût des autres, lui a permis d'intégrer la famille des Jaoui-Bacri, à laquelle appartient également Sam Karmann. Une rencontre heureuse qui semble pour l'instant régaler cet acteur en quête d'hospitalité.