«J'ai eu plusieurs nuits d'insomnie pendant le tournage; parfois, je me sentais trop proche de Harry Cain, mais cela me permettait aussi d'utiliser cette énergie et ce manque de sommeil sur le plateau.» Il fallait donc que John Turturro, 47 ans, paie le prix fort pour revenir sur le devant de l'affiche pour notre plus grand bonheur. Harry Cain, le veuf vengeur et surveillant de supermarché qu'il incarne dans le formidable Inside Job (Fear X) de Nicolas Winding Refn (sur lequel nous reviendrons longuement), ressuscite le Turturro de la grande époque. Le Turturro un peu oublié faute de s'être, ces dernières années, impliqué dans des projets improbables jusqu'à devenir le passe-plat de Schwarzie dans Dommage collatéral, de Johnny Depp dans Fenêtre secrète ou, pire encore, d'Adam Sandler dans Mr. Deeds et Self Control.

Méchant, hypocrite ou idiot au sourire crispé ces dernières années, John Turturro cherchait-il à faire oublier qu'il appartenait à la famille des grands? Ceux révélés dans les années 80. Turturro, faut-il le rappeler, attirait alors les caméras de Martin Scorsese (Raging Bull, La Couleur de l'argent), Woody Allen (Hannah et ses sœurs), Michael Cimino (Le Sicilien) et surtout celles de Spike Lee (avec qui il a tourné sept fois) et des frères Coen, dans Miller's Crossing et évidemment Barton Fink, leur film palmé d'or qui lui rapporta le Prix d'interprétation.

Bref, John Turturro, qui entre-temps est devenu réalisateur (Mac, Illuminata), revient de loin grâce aux exigences du cinéaste danois Nicolas Winding Refn sur un scénario de Hubert Selby Junior. «Parfois avant une scène, raconte l'acteur, je me mettais un doigt dans la gorge jusqu'à être sur le point de vomir. Et j'étais prêt…»