Depuis dix ans qu'il hante le cinéma américain, sa tête commence à être connue. Mais ce n'est que cette fois-ci qu'on est sûr de ne plus l'oublier. Après avoir imposé l'Anglais Laurence Harvey à Hollywood, le rôle ambigu de Raymond Shaw, candidat doublé d'un tueur manipulé, pourrait bien faire franchir un palier à Liev Schreiber, dont il exploite à merveille le mélange d'arrogance et de vulnérabilité.

Ce n'est pas trop tôt pour ce comédien né à San Francisco le 4 octobre 1967. Fils d'un acteur, mais élevé par une mère nomade après la séparation de ses parents, il ne doit sa réussite qu'à une volonté et un talent exceptionnels. La route fut longue des squats de Manhattan à l'école dramatique de Yale, dont il sort diplômé en 1992. Après avoir abandonné en chemin son premier prénom d'Isaac, sans doute trop juif, il débute à la scène et dans des petits films indépendants. De Pinter à Shakespeare, il se fait d'abord un nom sur les planches tandis qu'on repère son physique inhabituel dans Denise au téléphone (Hal Salwen), Walking and Talking (Denise Holofcener) ou En route vers Manhattan (Greg Mottola).

Comme d'autres jeunes comédiens de sa génération, Hollywood l'appelle d'abord pour incarner l'un des «méchants» de La Rançon, film réac de Ron Howard. Depuis, on a pu le voir dans la trilogie des Scream de Wes Craven, Sphère (Barry Levinson), Hurricane Carter (Norman Jewison), Kate et Léopold (James Mangold) et en Orson Welles dans le téléfilm Citizen Welles (Benjamin Ross). Mais c'est son rôle de tueur pour la CIA dans La Somme de toutes les peurs (Phil Alden Robinson) qui semble l'avoir le mieux préparé à Un Crime dans la tête. Aux dernières nouvelles, il réalise en République tchèque son premier film, Everything Is Illuminated, une quête des origines sur fond d'Holocauste. Ambitieux, Liev Schreiber?