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Scène

«Champions!», un hymne vibrant au dépassement de soi

Spectacle multimédia et interdisciplinaire créé à Lausanne en hommage au centenaire de la présence du CIO, «Champions!» est joué une dernière fois ce dimanche 22 novembre

Il y a d’abord ces avions qui strient le ciel, menaçants, puis ces soldats qui montent au front. Bruits de mitraillettes, explosions, fumigènes… Ce week-end, la Place de la Riponne, à Lausanne, accueillait le spectacle «Champions!», mis sur pied pour célébrer le centième anniversaire de la présence à Lausanne du Comité international olympique. Et c’est en pleine Première Guerre mondiale, en 1915 donc, que le baron Pierre de Coubertin a choisi de quitter une France assiégée pour implanter le CIO sur un territoire neutre. Entre effets pyrotechniques, images d’archive et de reconstitution, le fronton de l’imposant Palais de Rumine, encadré pour l’occasion à sa base de deux écrans panoramiques, est devenu le réceptacle de projections monumentales. On appelle cela du mapping, et le résultat, superbement sonorisé, est impressionnant. Mais au-delà de l’émerveillement face à la prouesse artistique et technique, on est vite rattrapé par l’actualité. Une semaine après les attentats de Paris, les bruitages évoquant de sanglants assauts nous rappellent douloureusement qu’un siècle après la Grande guerre, la France vient de vivre une année tragique, et que l’Europe doit dorénavant apprendre à vivre sous le joug d’une nouvelle menace.

C’est alors un train à vapeur que l’on entend. Il arrive par la droite de la Riponne, s’incruste sur l’écran et s’immobilise lorsqu’il a dépassé le Palais de Rumine, dont les portes s’ouvrent pour laisser sortir des voyageurs, puis le baron de Coubertin. Alors présidée par le démocrate-chrétien Giuseppe Motta, la Confédération helvétique souhaite officiellement la bienvenue à cet hôte et à son CIO. Deux chœurs donnent de la voix, tandis que la façade de Rumine retrace l’histoire de l’olympisme, entre tour du monde de la flamme et grands exploits. On oublie les nombreux scandales qui entachent trop souvent le sport professionnel, la corruption, le dopage et les rivalités malsaines, pour admirer l’effort et l’abnégation. Qu’ils sont beaux ces sportifs qui gagnent, comme le patineur russe Alexeï Iagoudine, médaillé d’or aux J.O. de Salt Lake City en 2002.

Sur la glace, puisque «Champions!» se déroule sur deux scènes et une patinoire, un jeune patineur rêve de médaille. Le gamin incarne le petit Stéphane Lambiel, qui a sacrifié son enfance pour tenter de devenir, un jour, peut-être, le meilleur. Bientôt rejoint par des dizaines d’autres patineurs, il s’entraîne. Et soudain, c’est le vrai Lambiel qu’on découvre. L’entraînement fut dur, tous les autres ont depuis longtemps abandonné, et c’est là que commence véritablement le travail. Alors qu’une jeune violoncelliste qui tente elle aussi de se surpasser répète ses gammes, il s’entraîne dur, chute, se relève, chute encore, puis s’arrête, terrassé par le doute et l’épuisement.

La chorégraphie est symbolique, dit que pour se surpasser, il faut être fort, tant mentalement que physiquement. Le Valaisan, double champion du monde et médaillé d’argent à Turin en 2006, incarne ces sportifs qui ont tout donné. Soudain, le voilà qui relève la tête. Tout lui réussit, il multiplie les triples sauts et s’envole vers la gloire. Derrière lui, plus de quarante danseurs et percussionnistes de l’atelier-école Rudra Béjart dansent et l’encouragent sur fond de musique tribale. Le tableau est superbe, peut-être le plus beau de la soirée. Ce sont alors de jeunes gymnastes qui entrent en piste, tandis que les patineurs investissent à nouveau la glace - parmi eux, les élèves du club de Lausanne, mais aussi ceux de l’école de patinage créée par Lambiel à Champéry. Tous rêvent de connaître un jour l’ivresse de la victoire. Et voici que Bastian Baker entonne «Champions», un titre fédérateur signé Frédéric Bégin, compositeur de l’ensemble de la musique du spectacle.

Un spectacle conçu par le créateur et metteur en scène Olivier Dufour, qui avait déjà proposé il y a trois ans, à Lausanne, le Mur du Son, un show tout aussi impressionnant. Mais «Champions!», qui célèbre l’exploit et le dépassement, que ce soit dans les arts ou le sport, est plus vibrant encore. Après une première avortée vendredi soir - et reportée à dimanche - pour cause de rafales de vent, la soirée de samedi fut magnifique, jusqu’à ce final où avant un mini-concert de Baker plusieurs médaillés olympiques suisses montèrent sur scène. La Place de la Riponne a rarement été aussi belle. Mais forcément, réunir plusieurs milliers de personnes n’est pas chose aisée, d’où une trop longue attente à l’entrée et une vision guère optimale pour les spectateurs décentrés. Comme dans un stade, dans le fond…

«Champions!», Place de la Riponne, Lausanne. Deuxième et dernière représentation dimanche 22 novembre à 18h. www.champions-spectacle.ch

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