C’est le miracle rêvé des accros au hasard: la série de chiffres magique, la combinaison en tout point identique qui fait soudainement pleuvoir les dollars. En l’occurrence, 160 millions de francs, «Mégajackpot» que remporte Loïc Froidevaux (Karim Barras) au loto national. Ce quadra au chômage, établi dans une bicoque croulante de la vallée de Joux, avait autant de chances de gagner «qu’une météorite tombe sur la ferme de papy», dixit son jeune fils – ou un peu plus que ça, puisque Loïc a dépensé la pension mensuelle dudit papy en billets de loterie. Une somme à sept zéros, de quoi bouleverser la vie de ce gentil raté et de sa famille fauchée.

Et si tu gagnais au loto, tu ferais quoi? Véritable usine à fantasmes, la question a régulièrement inspiré celle du cinéma, de Nicolas Cage en nouveau riche romantique (It Could Happen to You, 1994) aux beaufs des Tuche qui s’exilent à Monaco après avoir touché le gros lot. La Chance de ta vie, nouvelle production RTS et Idip Films diffusée dès jeudi, mise sur la série comique. Et une réponse très simple: en flambant tout.

Dans une Ferrari sport rouge, forcément. Puis Loïc emménage avec sa femme Loane (Zoé Schellenberg en plombière survoltée) et leurs deux enfants dans la suite royale du Beau-Rivage, à Genève. Malgré les avertissements du conseiller envoyé par le loto (formidable Roland Vouilloz), c’est dans ce palace de marbre que Loïc va malencontreusement dilapider le reste, plumé par un mafioso lors d’une partie de cartes. Il se met alors en quête de récupérer sa fortune et, au passage, de conquérir Montrex, la grande boîte d’horlogerie de luxe qui avait licencié son père.

Bourgeoise plombière

L’humour est un objet rare dans les fictions TV romandes, qui lui préfèrent généralement le drame, qu’il soit financier (Quartier des banques), politique (Helvetica) ou familial (Double Vie, Bulle). Mais la Suisse sait faire rire, même à propos d’argent, rétorquent les auteurs David Elkaïm et Vincent Poymiro, à qui l’on doit le scénario de la première saison d’En thérapie. Un double défi qui devient triplé gagnant lorsque s’y ajoute la complexité d’un tournage en pleine pandémie, à l’automne 2020.

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Mais aucune trace du covid au Beau-Rivage, décor coloré et bourdonnant où les péripéties rocambolesques s’enchaînent. Loane, qui s’ennuie un peu dans son quotidien de bourgeoise, se met en tête de réparer la plomberie de l’hôtel. Jean-Hubert (Joan Mompart), conseiller financier en mal de reconnaissance, embarque Loïc dans ses combines. Un flirt assumé avec les clichés (le mafieux russe, la directrice d’hôtel pincée), aux ressorts prévisibles (les gaffes d’une famille qui n’a pas les codes du luxe), mais qui remplit parfaitement son contrat de divertissement familial.

Bande originale maison

Au-delà du comique de situation, la série se fait plus sentimentale lorsqu’elle étoffe ses personnages de trames personnelles. Souvent trop anecdotiques pour émouvoir ou alimenter l’histoire, elles ont le mérite de l’ancrer dans son temps – les ados communiquent par message vocal, l’homosexualité reste taboue dans certains milieux sociaux. Un mélange d’humour et d’humanité qui rappelle les sitcoms à la Malcolm, mené ici par un solide casting 100% helvétique. Apparaissent, ici et là, Carlos Leal ou Claude-Inga Barbey.

La Chance de ta vie revisite les thèmes simples et universels que sont la chance, l’argent et le pouvoir sans morale ni prétentions. Dans son entreprise, elle peut compter sur la mise en scène fluide du réalisateur alémanique Chris Niemeyer, bourrée de malice jusqu’à sa bande originale gainsbourienne faite maison. Et offre un exemple, attachant, de ce qu’il ne faut pas faire si vous gagnez des millions.


«La Chance de ta vie», 8 épisodes de 43’. Disponible me 8 septembre sur Play Suisse-Play RTS et en diffusion sur RTS Un dès le je 9, puis tous les jeudis à 21h10.