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«Lara», de Lukas Dhont
© DR

Cinéma

Changements de sexe dans «Gräns» et «Girl»

Le Festival de Cannes honore les femmes sans oublier le troisième sexe. «Gräns» et «Girl», deux films de la section Un Certain Regard, évoquent l’hermaphroditisme et la transsexualité, le premier sous le signe de la terre, le second sous celui de la lumière

Courtaude, trapue, la mâchoire carrée, les yeux profondément enfoncés sous l’arcade sourcilière, Tina est férocement moche. Cette Néandertalienne travaille au Service des douanes où, narine froncée, elle renifle les fraudeurs. Elle vit au fond des bois avec un copain qui élève des chiens de combat. La morne routine se fissure lorsque Tina renifle Vore, un pithécanthrope baraqué et barbu qui pourrait être son frère. Les deux se flairent, se trouvent, se ressemblent avec cette cicatrice au niveau du coccyx.

Auprès de son nouveau compagnon, Tina découvre qu’elle n’est pas de la race des êtres humains, mais de celle des trolls qui hantent les forêts et les imaginaires nordiques. Elle apprend à se nourrir de lombrics, tout en aidant la police à démanteler un réseau pédophile. Elle fait des découvertes physiologiques surprenantes: Vore le velu est pourvu d’un vagin tandis que, de façon inopinée, un pénis surgit de l’entrejambe indéfini de Tina, comme un champignon après la pluie. Les deux affreux sont prêts pour un accouplement sauvage…

Né à Téhéran, Ali Abbasi vit et travaille au Danemark. Avec Gräns (Border), il met en scène une douanière postée sur la frontière floue séparant les sexes. Son film est une bizarrerie, qui promet de revisiter le registre fantastique en opérant des variations sur le thème du changeling, mais tient des farces et attrapes et s’avère éprouvante. Les personnages principaux (joués par des comédiens tout à fait normaux sous leurs prothèses faciales et ventrales) sont vraiment trop laids, l’histoire mal fichue et la dimension transgenre aussi attirante qu’un batracien clabotant dans la bourbe.

Pieds en sang

La douceur, la tendresse, l’humanité, c’est chez Lukas Dhont qu’il faut la chercher. Lara est une belle adolescente blonde et élancée. Elle vit avec son père, chauffeur de taxi, et son petit frère, elle vient d’intégrer une prestigieuse école de danse. Quand elle est née, elle s’appelait Viktor. Elle suit un traitement hormonal et, en attendant l’opération qui fera d’elle une femme à part entière, elle cache son secret comme elle dissimule son sexe sous une couche de sparadrap.

Girl est un drame psychologique qui évite l’écueil de la thèse et de l’analyse psychologique. Porté par un élan qui doit tant à la dinguerie belge qu’à l’amour du prochain, il met en scène des personnages simples et humains dans des scènes bien agencées révélant le malaise croissant de Lara. Le maître de classe, par exemple, lui demande de fermer les yeux pendant que les autres filles votent à main levée si elles acceptent de partager leur vestiaire avec elle.

Dotée d’une volonté de fer, Lara se donne tout entière à la danse, qui devient une métaphore de la violence, la violence de son mal-être, la violence sociale qui s’exerce sur elle (les filles de la danse exigent qu’elle se montre nue), la violence qu’elle exerce contre elle-même. Les pieds en sang, le ventre couvert d’urticaire provoqué par la colle du sparadrap, Lara glisse vers l’anorexie et des pratiques mutilatoires.

Au fil des plans, l’identité sexuelle de Lara vacille. Tour à tour on voit une vraie jeune fille ou un garçon sous l’apparence féminine. Cela n’a aucune importance: le personnage est beau, aimant, bouleversant. Quand les lumières se sont rallumées, la salle, très émue, a réservé une immense ovation à l’équipe du film. Victor Polster qui tient le rôle de la grande adolescente est un jeune homme de petite taille, car telle est la puissance du cinéma.

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