Chanson. Bertrand Belin. Bertrand Belin (Sterne STE 26564 2/Disques Office)

Au sein des Enfants des Autres déjà, quintette sans voix aux éblouissantes tangentes sonores, Bertrand Belin affirmait son goût pour les climats en cinémascope. Ces mélodies obliques, tour à tour raffinées, burlesques, dramatiques ou désuètes, ce Français au faux air de Zidane les prolonge en y plaquant sa voix nonchalamment élégante et aux accents parfois précieux. Ses histoires, vagabondes ou échos d'instantanés, charrient aussi bien des parfums de paradis perdus, une mélancolie sourde que des penchants surréalistes. Avec malice et délice, celui qui a sévi sur Les Risques du métier de Bénabar et avec le groupe anglais Sons of the Desert avant d'oser l'escapade solitaire s'est forgé un singulier univers en suspension. Même si l'on songe çà et là à Manset, Alexis HK ou Franck Monnet.

Entre lyrisme et onirisme, classicisme et modernité, swing et valse, ballade et saccade mélodique, Bertrand Belin dévoile des trésors de charme. Et sait aussi se faire crooner plein de douceur plutôt que troubadour poétique. De «Porto» à «Barcelone», en passant par le «Terminus le Treport» et une bataille avec un «Colosse», son premier disque étonne tant par ses qualités narratives et littéraires que par la luxuriance et les couleurs chatoyantes de sa partition. Atmosphères acoustiques et pointillés électriques conspirent ici sans dissensions. Belin fait même un petit détour par les rythmiques afro-cubaines et la trompette au fil d'un «Carminha Minha» qui élargit un peu plus des horizons sonores déjà fort bien balayés.

En concert au festival Voix de fête, Genève, 17 mars, 20h30. (Rens: http://www.voixdefete.ch)