Blok et Francioli. La Grande Eau. (Les Hérétiques/Disques Office)

Deux griots, blancs pour une fois, plongés dans une nuit de murmures lancinants. Les partitions s'égrènent, en catimini, le souffle lent. La mélancolie des mots d'une prose nocturne, réfléchie et réflexive, ose à peine s'imposer. Le flux et reflux de notes délicates épouse une prose intime. Pour un concert sensible, feutré, mystique parfois. C'est ce qu'avaient offert Stéphane Blok et Léon Francioli dans la déclinaison scénique de Boum. Album sur les révolutions astrales et humaines complété par un spectacle sur l'éphémère des choses et des êtres et, désormais, par un troisième volet intitulé La Grande Eau qui navigue encore en eaux à la fois calmes et troubles.

Un projet de scène devenu disque, où le temps se retrouve au centre des préoccupations du chanteur-guitariste et du pianiste-contrebassiste. Les complices romands partagent cette sensibilité à la fois parcimonieuse et cérémonieuse autour de ce répertoire tout en mouvements perpétuels, aussi posés qu'étales et mystérieux. Ils osent aussi discrètement l'humour pour sonder poétiquement le quotidien des habitants des rives du Léman.

La vision que La Grande Eau propose, achoppée sur un travail documentaire, est plus critique que touristique: vulgarité des rives offertes aux yeux du public, méconnaissance des riverains de leur environnement habituel, argent coulant à flot ou faiblesses humaines affleurent en chansons. Le continuum acoustique ici esquissé tangue musicalement entre sérénité et chaos, entre beautés de cartes postales et aveuglement des nantis, calme plat et remous, classique et jazz, africanités et perturbations électroniques. Autant de légendes lacustres nées à la surface d'un réservoir méconnu que content, sans bla-bla, deux intelligibles griots d'ici.