Maxime Le Forestier. Restons amants. (Polydor/Universal)

Au sortir d'une longue période sacerdotale consacrée à une partie du répertoire de son modèle absolu, Brassens, Maxime Le Forestier revient avec des chansons originales. Ce quatorzième album, Restons amants, succède à L'écho des étoiles qui date de l'an 2000 déjà, mais que l'un des pères les plus tranquilles et discrets de la chanson avait prolongé deux ans plus tard par des relectures savantes dans Plutôt guitare.

Que nous chante donc Restons amants? Le disque s'ouvre sur une chanson sociétale. «L'ère étrange» a des allures graves. Pour dire l'époque, ses fracas et misères, «ses rêves, ses dérives», «ses saisons qui débloquent». C'est écrit avec une finesse altière, entre jeux de langue et doubles sens pas dupes. Un quatuor à cordes soulignant ça et là une ère à laquelle Maxime dit tenir malgré ses zones d'ombre. En contrepoint plus léger, «Sur deux tons» se met dans de beaux draps, en contant le désir d'ubiquité d'une belle fille entre deux garçons. Alors que «Restons amants», autre brillant exercice stylisé lové sous les couettes, prône mine de rien les «amours dissimulées», les petites morts répétées. Ailleurs, Le Forestier, concerné ou détaché de la marche du monde et de sa comédie humaine, fait passer du bon temps au fil de musiques qui oscillent entre douceur, sensualité et aridité blues. Sans oublier de ressusciter à sa manière cuivrée l'esprit de son vieux chêne Brassens dans «Le juge et la blonde». Pour sceller ces élégantes retrouvailles avec Le Forestier, un duo chic et soyeux avec Emmanuelle Béart.