Françoiz Breut. Une Saison volée (Tôt Ou Tard 8345 10535 5/Warner)

De Vingt à Trente Mille Jours à Une Saison volée, un peu plus de quatre ans se sont écoulés. Sans pourtant qu'on ait pu oublier Françoiz Breut, voix intime et sensible, pour ne pas dire sensuelle, qui sait donner aux mots des autres une profondeur et une chaleur inespérées. Découverte dans le sillage de son ex-compagnon Dominique A quand elle assurait les chœurs timides de Si je connais Harry il y a douze printemps déjà, Françoiz Breut mène depuis, et en alternance, son métier d'illustratrice et son amour du chant et du rock. Après la colère sourde d'un premier album éponyme en 1997 et après avoir tracé le tableau d'une rupture fantasmée au fil parfois décousu de Vingt à Trente Mille Jours, la Bruxelloise d'adoption s'offre à présent une escapade musicale moins douloureuse et déchirante.

Si Une Saison volée exhale bien quelques parfums mélancoliques et refrains graves, ce troisième disque charrie surtout des sonorités vagabondes et une quinzaine de chansons sans certitudes, qui errent dès «Le Premier Bonheur du jour» entre «Boîte de nuit» et «Ravin» sans complètement plomber leur destinée. Des chansons de détours donc, des mots d'amour et de rupture, des couplets qui s'égaient en bord de mer ou s'apitoient sur la jeunesse qui fout le camp entre lesquels le timbre de plus en plus lumineux de Françoiz Breut glisse comme peau de chagrin. Polyglotte qui plus est, puisque la demoiselle de Cherbourg épanche l'imaginaire de ses auteurs en français, anglais, espagnol et italien.

De quoi douter dans un premier temps de la cohésion d'Une Saison volée, avant de se résoudre au fait que l'unité de l'album se niche davantage dans la tranquillité gracile du chant de Françoiz Breut et dans les atmosphères sonores en apesanteur. L'indolence étant ici portée aux nues, rythmant calmement un rock intimiste le plus souvent, où guitares western et liquides, pianos suspendus et percussions caressées déroulent des climats hors saison. Autrefois givrées, les chansons qu'a choisies Françoiz Breut dans les répertoires de ses mercenaires textuels et musicaux se sont ici plutôt acoquinées avec la brume. C'est celle qui enveloppe les nuits d'«Over All» et de «Please Be Angry», deux compositions languides signées des deux Suédois d'Herman Düne, c'est aussi celle plus matinale parcourant «Une Ville allongée sur le dos», titre poétique transi-ébahi d'un Jérôme Minière qui offre encore à Françoiz Breut l'ambiance plutôt Far West de «La Certitude». Ailleurs, l'ex-Kat Onoma Philippe Poirier manie aridité rock et légèreté pop avec «La Boîte de nuit» et fait chanter à sa muse «Je suis toutes les femmes».

L'affirmation colle finalement à merveille aux humeurs vocales et sonores changeantes que laisse transparaître Une Saison volée. Car l'album contient aussi ses plages d'éclaircies. Ainsi du romantisme de «Km 83» et «Contourne-moi», au long desquels on distingue nettement la patte de Dominique A. Demeuré un fidèle complice de Françoiz Breut malgré un amour défunt, le Nantais lui dessine des horizons de poésie au long cours dont il a le secret. Entre fièvre et doutes, averse et sécheresse, luxuriance sonore et dépouillement. Tandis que Fabio Viscoglosio (ancien The Married Monk plus connu pour ses talents de bédéaste) fait couler une source de nostalgie. Une ballade aux finesses mélodiques que réamorce à son tour Federico Pellegrini (des Little Rabbits) en partant à la recherche du temps et des illusions perdus.

Toutes ces nuances dans le décor, plantées par trois multi-instrumentistes habités par Calexico et Giant Sand, confèrent à Une Saison volée des allures à la fois sobres et élégantes. Un style singulier porté par la voix unique d'une Françoiz Breut pleinement émancipée de ses tics passés.

Françoiz Breut en concert le 25 mai à Genève, L'Usine (place des Volontaires 4).

Rens: http://www.ptrnet.ch