Bénabar. Infréquentable (Jive-Epic/Sony-BMG).

C'est ce que l'on avait perçu comme un disque de transition qui a fait exploser Bénabar commercialement. Voilà trois ans, Reprise des négociations (écoulé à près d'un million et demi de copies et tournée triomphale à la clé) amorçait pourtant des cadrages moins gouailleurs. L'écriture du titi français au bagout chanté jamais pris en défaut, grâce à un irrésistible sens de l'(auto)dérision et une gouaille persifleuse parfois hilarante (les tubes «Y'a une fille qui habite chez moi», «Le Vélo»), s'affinait.

La mue passait par l'abandon progressif de ces chansons-saynètes qui risquaient de devenir un facile fonds de commerce. Plus réussi que Reprise des négociations et plus proche dans l'esprit des Risques du métier (2003), Infréquentable s'avère aujourd'hui presque bon sous tout rapport. Aussi bon que le chanteur s'y dévoile d'une solide humanité. Ce cinquième album du bientôt quadragénaire, comme il le rappelle dans une chanson mélancolique d'une touchante modestie sur la postérité («Malgré tout»), s'appuie ainsi différemment et plus subtilement sur son talent d'observateur des psychologies et mœurs humaines. Le comique de situation a fait place aux évocations des faux-semblants (sauf «A la campagne» peut-être qui rappelle «Bon anniversaire» et «L'itinéraire»), des vanités crasses («Tout vu, tout lu»).

Les affres du quotidien revêtent une portée inédite («L'effet papillon» en tête), avec voiles de mélancolie et intimisme climatique; s'attachant à l'amour, ses frustrations tues ou ses mesquineries. Partitions variées (forro, swing ou canzonetta), humour moins potache font d'Infréquentable un disque de bonne tenue malgré quelques grosses ficelles. Un exploit pour une «nouvelle scène» où le débat peine à s'élever.