Il est des musiciens dont le nom se confond avec la genèse d'un style: Jelly Roll Morton pour le jazz, Bill Haley pour le rock, Kraftwerk pour les musiques électroniques, etc. Dans une moindre mesure, James Taylor fait partie de ceux-ci. Véritable institution du folk-rock américain, ce chanteur de 51 ans peut se targuer d'avoir influencé plusieurs générations de songwriters, de Joni Mitchell à Michael Stipe. Un ascendant que l'on tentera en vain d'assimiler aux pères fondateurs de la chanson française, tant le terme de «songwriter» semble renvoyer à une tradition typiquement américaine: celle d'une écriture musicale fondamentalement populaire, à l'abri des querelles d'écoles et des diktats de la mode.

Une prose immuable

Folklorique dans le meilleur sens du terme, le répertoire des songwriters épouse la géographie du continent, accompagnant à merveille la progression placide des 4x4 sur des routes aux perspectives infinies. De fait, nul n'est besoin de posséder une culture musicale ou littéraire particulière pour pouvoir apprécier l'art d'un James Taylor. Sa prose est aussi limpide que son chant, tous deux immuables depuis plus de trente ans.

Après un début de carrière sous d'heureux auspices (un premier album sur Apple, le label des Beatles, en 1968), James Taylor obtient un hit avec Fire and Rain (1970), et scelle en 1971 la version de référence du You've Got a Friend de Carole King. Fort de ses premiers succès, le chanteur grave au cours des années 70 une poignée d'albums qui offrent au folk-rock américain de nouvelles perspectives. Dans un genre alors dévolu à l'expression de thèmes politiques, Taylor imprime sa marque par une approche plus intimiste et mélancolique, mâtinée de jazz ou de soul. De son timbre chaleureux, dépourvu de toute afféterie, le songwriter aborde sans détours sa dépendance aux drogues, sa santé mentale fragile et ses démêlés sentimentaux. Une franchise de ton qui lui vaut d'être considéré par ses pairs comme l'égal d'un Leonard Cohen, en dépit d'une approche mélodique flirtant parfois avec le pire de Cat Stevens, Simon & Garfunkel et autres chanteurs melliflues.

Une carrière en dents de scie

Au cours d'une carrière en dents de scie, James Taylor ne s'est jamais départi de la formule qui a fait son succès. Hourglass (1997), son dernier album en date, révèle un timbre toujours juvénile, une inspiration intacte et des arrangements soignés, auxquels participent de nombreuses stars comme Yo-Yo Ma, Brandford Marsalis ou encore l'ubiquiste Sting. Dans le petit jeu des familles de cette Singers/Songwriters Night de Montreux, James Taylor a donc visiblement tiré la carte du père. Un rôle qui lui sied à merveille, en regard de sa nombreuse descendance.

Singers/Songwriters Night, Auditorium Stravinski, dès 20h30. Avec Eagle Eye Cherry, Lynden David Hall et James Taylor.