Cinéma

«Le chant du loup»: sous-marins touchés coulés

Le film de sous-marin est un sous-genre rarement pratiqué en France. Ce blockbuster viril lesté de stars et d’un scénario solide détonne dans le paysage cinématographique

Le film démarre dans le feu de l’action. Un sous-marin s’approche des côtes syriennes pour exfiltrer en urgence des soldats français quand il enregistre des signaux acoustiques menaçants. Un vaisseau ennemi croise dans le secteur. Le commandant Grandchamp (Reda Kateb), son second D’Orsi (Omar Sy) et tout l’équipage se tournent vers le jeune Chanteraide (François Civil). Il occupe le poste d’«oreille d’or». C’est ainsi qu’on désigne le sous-marinier qui, doté d’une ouïe phénoménale, est capable de repérer la trace auditive laissée sous l’eau par un submersible (ou un cétacé) quand les ordinateurs pataugent. La sécurité du navire repose sur lui.

Trois mois après Kursk, de Thomas Vinterberg, les sous-marins reviennent à l’écran accomplir leur tragique destin devant la caméra d’Antonin Baudry. Cet ancien diplomate est sorti de l’ombre sous le pseudonyme d’Abel Lanzac quand il a signé le scénario de Quai d’Orsay. Inspirée par son expérience de conseiller auprès de Dominique de Villepin, cette bande dessinée illustrée par Christophe Blain est devenue ultérieurement un film de Bertrand Tavernier.

Anticipation géopolitique

Le scénario du Chant du loup s’appuie lui aussi sur une connaissance précise du sujet, relativisée toutefois par la logique commerciale puisque des acteurs bankables, comme Omar Sy et Reda Kateb, tiennent des rôles déroutants d’officiers supérieurs. Des Français issus de l’immigration, un Sénégalais et un Algérien, commandant les fleurons de la flotte nucléaire hexagonale? C’est de la science-fiction! Oui, il s’agit effectivement d’une anticipation géopolitique conjecturale.

A la suite d’une menace terroriste et d’un durcissement des relations diplomatiques entre les superpuissances, la France envoie L’Effroyable en mission et tombe dans un piège diabolique. Les protocoles de sécurité se retournent contre ceux qui les ont définis, car une fois que le sous-marin nucléaire lanceur d’engins s’est «dilué», c’est-à-dire qu’il a plongé et coupé ses communications radio, il est impossible à atteindre et à localiser. Tenter d’annuler un ordre de tir, fût-il erroné, est vain. L’amiral du Ministère des armées (Mathieu Kassovitz) va remuer ciel et terre pour empêcher l’apocalypse. L’unique espoir d’éviter un conflit nucléaire mondial repose sur la dimension humaine: l’oreille d’or de ceux qui entendent le «chant du loup», soit le sonar de l’ennemi; le sens du devoir et du sacrifice des autres – soit D’Orsi enfilant ses palmes pour aller toquer à la coque de L’Effroyable dans une scène impressionnante.

Documenté, intelligent, ce blockbuster détonne dans la cinématographie française. On ne peut guère lui reprocher que des dialogues un peu trop écrits dans la première partie et un personnage féminin, alibi sentimental dont l’utilité n’est motivée que par un rebondissement scénaristique.


Le chant du loup, d’Antonin Baudry (France, 2019), avec Omar Sy, François Civil, Reda Kateb, Mathieu Kassovitz, Paula Beer, 1h55.

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