Classique 

«Le Chanteur de Mexico», exubérance façon Rossy de Palma

La comédienne espagnole mène le bal dans cette opérette pimentée et volontairement kitsch proposée par l’Opéra de Lausanne. Du grand spectacle

L’expérience a quelque chose de kaléidoscopique. Comme un plongeon dans une version musicale et sensuelle d’Alice au pays des merveilles. Nouvelle production de fin d’année de l’Opéra de Lausanne, Le Chanteur de Mexico, opérette en deux actes imaginée par Francis Lopez en 1951, remplit aujourd’hui encore son contrat: offrir du grand spectacle, aussi riche, festif et coloré qu’un banquet de Noël.

Dès le premier tableau, le menu est annoncé: du kitsch en portions XXL, à l’image de ces bouquets de callas géants, et leurs nœuds roses tout aussi imposants, qui dominent une scène déjà fourmillante de monde. Le tournage du film Le Chanteur de Mexico va débuter dans un théâtre parisien et, en coulisses, c’est (presque) la panique: la vedette masculine, Miguel, ayant fait faux bond à l’équipe, il lui faut un remplaçant. Vincent Etchebar, jeune peintre basque au minois hollywoodien, se propose pour donner la réplique à Eva, diva fantasque incarnée par la comédienne Rossy De Palma.

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Sublime panache

Rossy qu’on attendait, évidemment, et qui ne tarde pas à faire son entrée, fourrure blanche, coiffure abracadabrante et grandes enjambées de défilé. Si on met quelques minutes à se faire à son accent espagnol prononcé, il ne faut que quelques secondes pour que le charme opère.

Tempétueuse, impertinente et égocentrique, l’artiste espagnole est sublime de panache et son exubérance sonne juste, quand Eva va jusqu’à s’adresser au chef d’orchestre pour que celui-ci suive son tempo ou, dans le deuxième acte, lorsqu’elle fait tournoyer ses tresses en impitoyable colonelle Tornada. A l’aise dans ces deux rôles, qu’elle avait campés dix ans auparavant au Théâtre du Châtelet à Paris, l’actrice personnifie la folie décalée de cette opérette. Ses tenues, plus déjantées les unes que les autres, valent à elles seules le détour.

Refrains obsédants

Outre les paillettes et les sombreros, Le Chanteur de Mexico, c’est aussi un enchaînement de «tubes d’opéra». Des refrains obsédants, du «Rossignol de mes amours» au très populaire «Mexico», qu’on ne peut s’empêcher de siffloter avant, pendant et après. S’il ne peut tout à fait surpasser l’historique Luis Mariano en Vincent et son grito de mariachi, José Luis Sola, timbre clair et vibrant, assure le fameux contre-ut et une performance globale sans fausse note.

Quant au reste du casting, il se révèle, lui aussi, solide. Cartoni l’imprésario et le bon copain malheureux en amour Bilou, campés respectivement par Frédéric Longbois et Rodolphe Briand, convainquent. Tout comme un Sinfonietta de Lausanne rebondissant, sous la baguette de Cyril Diederich. On peut seulement regretter que Cricri, incarnée ce soir-là par Carole Meyer, surjoue quelque peu l’admiratrice frustrée.

Danse de la tequila

Avec une quarantaine de solistes, danseurs et figurants sur scène, Le Chanteur de Mexico offre un spectacle remuant qui voit le livret débridé de Félix Gandera et Raymond Vincy complimenté par une mise en scène extravagante signée Emilio Sagi. De l’ode à l’amour sur les toits de Paris à celle de la tequila au cœur d’une posada, le registre comico-grivois reste toujours efficace et pimenté. Un premier degré à savourer avec légèreté.

Infos: Le Chanteur de Mexico, Opéra de Lausanne, jusqu’au 31 décembre.

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