La violence n'est pas un accident, elle est un mode naturel de l'âme. A qui en douterait, la lecture de Mon Cœur mis à nu suffira pour lever toute équivoque. Dans ces notes accumulées rageusement dans les dernières années de sa vie, sous le coup de l'irritation croissante qu'il ressentait à se frotter au quotidien de l'existence, et qui devaient lui servir à écrire des contre-Confessions à côté desquelles celles de Rousseau étaient censées pâlir, Baudelaire a osé laisser s'exprimer l'exaspération désespérée d'un esprit et d'une sensibilité pour lesquels l'ensemble de la réalité était devenu douloureux.

Claude Pichois vient de fournir une édition fac-similé de ces notes, au format 26 x 36 cm, qui donne à l'amateur de Baudelaire la chance d'entrer, si l'on peut dire, dans son atelier d'écrivain: si le livre ne fut jamais achevé, cette création inaboutie laisse néanmoins apercevoir la fureur désespérée, mais lucide, dont elle devait procéder. Ce n'est pas sans émotion qu'on retrouve la belle écriture, si nerveuse mais si élégante, de celui qui n'hésitait pas à s'écrier que «tout amour est prostitution».