Parfois, entre dans votre vie une personne dont la présence et l’importance sont si grandes que vous ne pouvez les considérez en termes de temps normal ou de durée de vie. Simplement, ils SONT, ils ont toujours été, et ils seront toujours. Claude Nobs est une de ces personnes. Je dis EST car il vivra à jamais en moi.

La première fois que nous sommes venus à Montreux, en 1967, Claude est venu me chercher dans son Aston Martin. Il écoutait Lowell Fulson. Un lien s’est immédiatement noué entre nous, car il savait que j’avais joué avec Howlin’ Wolf, et il aimait le blues. Nous avons passé une semaine radieuse, et bénéficié d’une magnifique hospitalité, moi et mon quartet, composé de Keith Jarrett, Jack DeJohnette et Cecil McBee.

Dix ans plus tard, alors que je menais une retraite spirituelle à Leysin, Claude est venu, il m’a invité dans son chalet où il a cuisiné un étonnant déjeuner avec des bolets et la plus magnifique des salades vertes. J’ai découvert qu’il était aussi un grand cuistot. Il voulait savoir quand je reviendrais. A cette époque, je n’avais pas de projets pour retourner sur scène, mais quand Michel Petrucciani est venu frapper à ma porte, Claude a été une des premières personnes que j’ai appelée et, en 1982, Claude m’a de nouveau présenté à Montreux, dans le festival. Son rôle a été décisif dans l’accès de Michel au monde de la scène.

Au cours des années suivantes, j’ai eu l’honneur et le privilège de retourner plusieurs fois à Montreux avec différentes formations, Claude accueillait chaque performance avec la joie et l’enthousiasme d’un enfant, et je me réjouissais tellement de le revoir encore une fois, l’été prochain. Il aimait la technologie et la qualité d’un grand son; la dernière fois que je lui ai rendu visite dans son chalet, nous avons écouté Leonard Cohen qui sonnait comme s’il était dans la pièce avec nous.

Claude avait un cœur tellement grand, et un amour tellement grand de la musique. Pas juste le jazz, mais toute la musique : pop, rock, blues, world, classique, opéra. Car chacun sait que si vous aimez la musique vous en aimez beaucoup. Le monde de la musique est devenu meilleur grâce à Claude Nobs, ce qui signifie que le vaste monde est devenu meilleur grâce à Claude Nobs.

Merci infiniment, Claude !*

A toi dans la musique

Charles Lloyd,

11 janvier 2013 ,,

* en français dans le texte.