Musique

Charlie Cunningham, cordes sensibles

La douceur folk mêlée au feu de la guitare flamenca: la patte de ce Britannique est aussi hybride qu’hypnotique. A goûter le 9 avril prochain au festival Zermatt Unplugged et cet été au Paléo

Prenez un trentenaire au visage agréable, une guitare sèche habilement titillée, des airs mélancoliques et vous obtiendrez une vedette de folk acoustique. Passenger, Jack Savoretti, Johnny Flynn, James Bay… nombreux sont ceux à avoir embrassé ce genre, vulgairement estampillé «feu de camp». Au point qu’on imaginait la case prise, la formule fatiguée.

Mais ça, c’était avant. Avant qu’un morceau de Charlie Cunningham ne cajole nos oreilles par hasard, nous réconciliant instantanément avec le combo cordes délicates-refrains veloutés.

Comme un animal craintif

Son nom ne vous dit rien? Sûrement parce que ce Britannique, silhouette sportive et look passe-partout, a jusqu’à présent tracé sa route discrètement, en marge de la sphère folk alternative. Sur internet, on ne trouve d’ailleurs pas grand-chose à se mettre sous la dent, mis à part quelques rares interviews, des articles de blogs et une poignée de vidéos live.

Comme si, en animal craintif, Charlie Cunningham avait préféré évoluer de son côté, sans faire de vagues ni viser les sommets. C’est pourtant au pied du Cervin qu’il donnera de la voix le 9 avril prochain, invité par le Zermatt Unplugged festival aux côtés de Francis Cabrel, Boy George ou Jessie J, avant de mettre les voiles sur le Paléo Festival en juillet.

Pulsations andalouses

Un concert au milieu des crêtes, voilà qui paraît approprié. Car le son de Charlie Cunningham est brut lui aussi, nature, planant. Depuis ses débuts, en 2014, le musicien s’en est tenu à sa seule voix fluide, presque gutturale, et aux tissages volubiles de sa guitare. Chaque morceau est un moment intimiste, suspendu, de ceux qu’on n’oserait interrompre qu’en chuchotant.

Mais comme en montagne, le calme drague souvent la tempête. Celle qui agite Charlie Cunningham est andalouse. Car ici et là, subtilement, le Britannique fait jouer ses doigts sur le bois, insufflant à ses morceaux la fougue du flamenco. Cet univers, a priori si éloigné du sien, Charlie le rencontre alors qu’il travaille encore comme barman à Oxford et qu’il rêve de percer. «Tout ce que je voulais, c’était que ces pubs m’emploient, mais en tant que musicien», confie-t-il au téléphone, mâchouillant son fort accent British.

Guitariste depuis l’adolescence, Charlie Cunningham sent pourtant qu’il lui manque une certaine amplitude technique, lui qui souffre de dyslexie et ne peut lire la musique. Le toque hispanique fait alors figure de révélation. «J’ai toujours été fasciné par les guitaristes de flamenco, et j’ai commencé à en entendre davantage dans les bars où je travaillais. Ils étaient fréquentés par de nombreux clients espagnols, qui m’ont fait connaître des maîtres du genre comme Vincente Amigo. J’ai admiré leur capacité à créer des moments intimes, puis des montées d’énergie fantastiques. Plus que le solfège, tout est chez eux une question de rythme, de pulsations.»

Dilemmes humains

Alors, à 27 ans, Charlie Cunningham prend un aller simple pour Séville. Désormais, il jonglera entre huit heures de guitare quotidiennes et un job de nuit en auberge de jeunesse. Où il dévore, planté devant l’ordinateur de la réception, des documentaires sur le flamenco. «Plus qu’un style, c’est une manière de penser, une culture dans laquelle je devais m’immerger.»

Deux ans plus tard, fort d’une identité sonore et d’une confiance nouvelles, Charlie Cunningham rentre au pays et publie une série d’EP, qui se font peu à peu remarquer. Jusqu’à la sortie de Lines, en 2017, premier album à son image – sur la pochette, une photo du Peak District, relief brumeux du centre de l’Angleterre.

Il n’y a qu’à se laisser flotter au gré des douze titres, tantôt caressants, tantôt percutants, souvent un peu des deux. Pareil pour les mots choisis, mi-poétiques, mi-cryptiques, qui dépeignent en filigrane les troubles et dilemmes humains: un moment d’obscurité (How Much), d’insouciance (While You Are Young) ou la confrontation douloureuse et résignée dans le merveilleux Sigh – «Tu soupires/J’aurais pu dire tellement/Mais je n’étais pas prêt/Je ne le suis toujours pas.» Rupture amoureuse? On n’en saura pas plus.

Synthés galopants

Ailleurs, l’Andalousie reprend la main, sensuelle et caractérielle, martelant l’instrument dans l’ouverture de Born. A cette physicalité se superposent ici des nappes électroniques, là les doux échos des cuivres. «J’ai travaillé la production pour créer une atmosphère, emmener l’auditeur dans un espace différent. Mais le but était d’élever, non de distraire.» Pour continuer de s’étoffer, au studio comme à la scène, Charlie Cunningham s’entoure désormais de quelques amis musiciens. Sur son nouveau titre dévoilé fin février, Permanent Way, on retrouve d’ailleurs le galop des synthés.

Mais toujours, entre les couches, ce silence soufflé, réverbéré. Se dépouiller pour mieux chambouler, c’est définitivement le credo de Charlie Cunningham, qui suggère, au détour d’un refrain: «Va, décharge-toi d’un poids/Laisse tes ailes se déployer/Réduis tout au minimum.»


Charlie Cunningham. Zermatt Unplugged Festival, mardi 9 avril à 21h.

Au Paléo Festival, samedi 27 juillet.

Publicité