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Charlie Puth sur scène à l’occasion des iHeartRadio Music Awards, à Los Angeles, en mars dernier.
© MARIO ANZUONI/Reuters

Musique

Charlie Puth, une popstar pour les détrôner toutes

Sous ses airs de crooner pour ados, le chanteur et producteur américain de 26 ans à l’ascension fulgurante démontre, avec son deuxième album, qu’il a le groove et l’intelligence pour durer

Il est de ceux qui sont arrivés au sommet sans même qu’on les ait vus grimper. Et pourtant, Charlie Puth, 26 ans, a bel et bien avalé les marches quatre à quatre. L’air de rien.

Encore inconnu au bataillon il y a quatre ans, le jeune chanteur américain peut se targuer d’avoir, depuis, charmé à tour de bras. La Toile, d’abord, où ses clips cumulent les clics, son plus grand succès talonnant même Despacito pour le titre de vidéo la plus visionnée sur YouTube (plus de 3,5 milliards de fois).

L’industrie musicale aussi, avec des tubes qui atteignent régulièrement la tête des classements, sur Spotify notamment, et alignent les nominations à tous les awards possibles et imaginables. Son deuxième album, Voicenotes, sorti ce mois-ci, a quant à lui été certifié disque d’or en moins d’une semaine. De quoi donner le tournis aux Justin Bieber, Shawn Mendes et autres Harry Styles qu’il semble avoir éclipsés dans la catégorie «jeune vedette aux refrains accrocheurs et au minois adolescent».

Ballades guimauves

Et pourtant, à première vue, la success story de ce poulain de la pop ne semble pas très différente de celle de ses contemporains. Après l’apprentissage du piano auprès d’une mère mélomane et des études au Berklee College of Music, c’est en postant des reprises d’Adele sur le web, un écouteur coincé dans l’oreille, que Charlie Puth se fait repérer par l’animatrice de talk-show Ellen DeGeneres. Nous sommes en 2011. Falsetto à peine voilé, bagout nonchalant, look façon «gentil garçon»: tous les éléments sont réunis pour faire de lui la nouvelle coqueluche de l’Amérique.

Mais la fusée Puth ne décollera vraiment que quatre ans plus tard… à la suite d’un tragique accident. Paul Walker, star du film Fast and Furious 7, décède dans le crash de sa voiture avant la fin du tournage. Alors que les producteurs prévoient une bande-son en hommage à l’acteur, Charlie Puth leur soumet un refrain au piano traînant de mélancolie, See You Again, qui sera retenu sous la forme d’une collaboration avec le rappeur Wiz Khalifa. C’est l’explosion. Porté par la célèbre franchise hollywoodienne, See You Again se hisse au sommet des charts pendant douze semaines.

La machine est lancée. L’année suivante, Charlie Puth, signé sur le label Atlantic, sort Nine Track Mind. Un album gorgé de ballades flottantes, pour la plupart sucrées et lisses comme de la guimauve, quand elles ne sont pas carrément plaintives. Le genre de fond sonore dont se délecterait une pré-ado énamourée avant de l’oublier. Bof.

Oreille absolue

Tout de même, on reconnaît à Charlie Puth une qualité: celle d’avoir composé et coproduit la quasi-intégralité de son disque. Le jeune artiste a l’oreille fine, si ce n’est absolue: en interview, il lui arrive d’interrompre un journaliste pour s’exclamer, en entendant le cri d’un enfant ou le chant d’un oiseau: «Ah, si bémol!» Quand il ne «beatboxe» pas spontanément pour illustrer un propos.

Charlie Puth manie les rythmes et les harmonies avec une simplicité déconcertante et, en bon enfant du siècle, il le fait sur son smartphone. Le nom de son nouvel album, Voicenotes, évoque une application avec laquelle ce touche-à-tout a conçu tous ses morceaux. Lors d’un trajet en bus ou dans une chambre d’hôtel, il enregistre des bribes de mélodies qu’il s’amuse ensuite, armé de son clavier MIDI, à mixer et à superposer. «Honnêtement, je ne sais pas vraiment écrire les notes sur papier, avouait-il sans complexes au magazine Rolling Stone. Alors je m’en sers pour capturer mon inspiration.»

Du jazz au funk

Et pour ce deuxième essai, Charlie Puth a sagement pris son temps, près de deux ans et demi, afin que l’album lui ressemble davantage. «Avant, j’étais en train de me chercher musicalement devant des millions de personnes. J’ai enfin trouvé mon groove.»

Un groove épuré, à la fois furieusement pop et imprégné de références au jazz, ses premières amours, et au funk des eighties. On retrouve notamment ces filiations rétros dans le single Attention et sa rebondissante ligne de basse. Charlie Puth enchaîne aussi les clins d’œil au R’n’B, particulièrement saillants dans If You Leave Me Now, collaboration feutrée avec les Boyz II Men, groupe de soul a cappella des années 1990.

Et si Charlie Puth préfère toujours les messages sentimentalo-simplistes aux considérations philosophiques, ses textes semblent au moins plus affirmés et personnels. Dans Attention, il conseille à celle qui s’intéresse à lui pour de mauvaises raisons de laisser tomber. Comme un écho à son discours sur la célébrité «made in L.A.» qui l’a plongé, il l’admet volontiers, dans une solitude lourde à porter. «Peut-être que je ne sors plus, que j’ai l’impression de ne pas mériter tout ça. La vie n’est plus ce qu’elle était», lâche-t-il dans The Way I Am.

Au-delà de l’image de crooner bon marché qu’on a bien voulu lui donner, Charlie Puth, sous sa mèche faussement décoiffée, révèle une autre facette: celle d’un petit malin au talent certain, un faiseur de tubes finement calibrés qui n’est pas près de céder sa place au soleil de la côte Ouest.


Charlie Puth, «Voicenotes» (Atlantic Records).

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