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Films

Le charme du cinéma 3D n’opère plus

Selon un sondage français, 80% des spectateurs sont insatisfaits du cinéma en relief. En Suisse, des exploitants de salles défendent un usage intelligent de ce type d’attraction

Trop cher, trop sombre et pas pratique. Le verdict de près de 12 000 internautes (en majorité français) sur leur dernière expérience du cinéma 3D n’est pas reluisant. Pas moins de 80% des spectateurs déclarent qu’ils auraient préféré voir leur dernier film en 2D plutôt qu’en relief. Les raisons évoquées? En plus du prix (35%), c’est l’inconfort du port de lunettes (25%), les images sombres (15%) et, plus surprenant, les migraines (15%) qui justifient ce mécontentement. Les 10% restants évoquent des handicaps visuels ou un rejet du relief «par principe».

Réalisée durant l’été 2011 sur Allocine.com (site Internet spécialisé dans le cinéma) et UP3D (Union des professionnels de la 3D et du relief) pour le magazine Le Film Français, l’étude portait sur un échantillon de 11 867 spectateurs âgés de 15 à 64 ans. Des opinions récoltées auprès d’un public consommateur de superproductions américaines à en croire les derniers films vus par les interviewés: Pirates des Caraïbes 4, Thor ou Tron. Très peu évoquent Pina (Wim Wenders) seul «film d’auteur» distribué et promu en 3D jusqu’à présent.

Bien que l’enquête distingue les films tournés en 3D (grâce à une caméra «dédoublée») des films convertit en 3D (étape de postproduction qui consiste à intégrer des effets 3D dans le film), l’avis des spectateurs ne change que peu. Dans les deux cas, près de 73% du total des spectateurs jugent n’avoir «pas trouvé d’intérêt à la 3D», notamment car les effets des images en relief étaient trop faibles (73%) ou trop sombres (59%). Finalement, une large majorité (83%) a estimé que le surcoût du prix de l’entrée était injustifié.

Alors, certes, c’est une étude française. Il n’empêche qu’elle interpelle aussi en Suisse puisque, à la suite d’Avatar (2009), les films proposés en relief se sont multipliés dans les salles. Cet élargissement de l’offre répond-elle à une demande effective des spectateurs ou à un «putsch» des producteurs?

«C’est peut-être comme les trains à deux étages, essaie Brian Jones, directeur de Pathé Suisse. Quand les CFF les ont introduits, tout le monde voulait les essayer. Aujourd’hui, c’est devenu normal.» Malgré tout étonné par les résultats du sondage, Brian Jones estime que le cinéma 3D n’est pas en perte de vitesse. «Cela dépend des cas. Si la 3D du film est appropriée, comme dans Avatar et que le film est proposé en 3D et en 2D, 80% des spectateurs iront dans la salle en 3D. Et ce malgré le surcoût.» Largement décriée par les spectateurs, cette «taxe» (entre 2 et 3 francs selon les salles) est défendue par le patron de Pathé Suisse pour deux raisons: «L’investissement dans le matériel a été lourd! On utilise la 3D pour en récupérer une partie. Autrement, comme nous ajoutons une valeur à l’expérience de cinéma que nous proposons, il est normal d’augmenter les tarifs.»

Yves Arbel, directeur de Cinepel SA (douze salles entre La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel), rappelle qu’en Suisse «le billet est certes plus cher, mais sa différence entre un film en 2D et en 3D est moindre qu’ailleurs». Il ajoute: «Tout le cinéma ne va pas se mettre à tourner autour de la 3D, mais les enfants [pas pris en compte dans le sondage, ndlr] adorent ça! Selon nos calculs, si un film pour enfants est proposé en 3D et en 2D simultanément, les trois quarts des spectateurs préféreront la version en relief. Je pense que, dans le cas où le film est «pensé» pour le relief, la 3D a encore un bel avenir.»

En Suisse, selon ProCinema (l’association suisse des exploitants et distributeurs de films), un peu plus de 40% des 111 012 fauteuils de cinéma du pays permettent aujour­d’hui d’assister à des séances de cinéma en relief. Cette tendance est en nette hausse. La 3D est-elle réellement en train de devenir une nouvelle norme (à l’instar du son ou de la couleur), ou ne restera-t-elle qu’une mode passagère (du genre des cinémas 4D, avec vibrations et odeurs, que l’on trouve encore dans les parcs d’attractions)?

«A lire les résultats de ce sondage, le public semble en effet en complète contradiction avec le monde professionnel», reconnaît Jean-Pierre Grey, programmateur de l’Astor Lounge à Genève et du Capitole à Nyon. Surpris par ces résultats, il note toutefois que les distributeurs ont depuis quelque temps cessé de faire de la 3D un argument de vente.

Ce sondage arrive alors que trois des seniors du cinéma américain peaufinent leurs premières expériences en relief: Tintin, de Steven Spielberg, Hugo, de Martin Scorsese et Twixt, de Francis Ford Coppola. Des superproductions en voie de consacrer le relief comme une nouvelle norme du cinéma institutionnel? A moins qu’elles n’en marquent le crépuscule… Cela dépendra assurément de la pertinence de son utilisation.

«Les enfants adorent ça! Si un dessin animé est proposé en 2D et en 3D, les trois quarts iront le voir en relief»

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