– Qu’est-ce qui pousse aujourd’hui des élèves de l’école obligatoire à opter pour le latin? Est-ce que «Le Seigneur des Anneaux» peut donner un goût pour l’antique?

– Pour les enfants de fin de sixième année, le choix du latin découle souvent d’un refus de la seconde option prégymnasiale, plus orientée vers les sciences dures. D’autres élèves suivent les conseils des parents, grands frères, etc. qui ont une certaine expérience de la chose scolaire. Les élèves qui choisissent le latin (ou le grec) pour lui-même espèrent que cette langue leur plaira, parce qu’ils ont déjà le goût de l’Antiquité, le plus souvent par le biais de la mythologie. «Le Seigneur des Anneaux» donne une image fantastique d’un passé lointain qui encourage les jeunes à s’intéresser aux origines de la civilisation, mais des films comme «Percy Jackson, le voleur de foudre» font entrer plus directement dans l’univers de la mythologie classique.

– De là, est-ce qu’une nouvelle traduction de «L’Enéide» par Paul Veyne peut faire éclore des vocations?

– Indirectement. Je vois mal des enfants de 12 ans lire ce genre de livres, même si les exceptions existent! Néanmoins, cette nouvelle traduction pourrait plaire à des parents de futurs élèves, qui trouveront alors dans la littérature latine un sujet d’étude envisageable et familier.

– Comment, en classe, tente-t-on concrètement de ressusciter une langue morte?

– Les méthodes modernes incluent l’apprentissage de la langue dans un contexte culturel important, le plus souvent historique. Les débutants traduisant leurs premières phrases y rencontrent Enée, Didon, Romulus… Ces textes ouvrent naturellement la porte à une explication, par le maître, des enjeux, de la situation historique et géographique. La distinction entre apprentissage de la langue et apprentissage de la culture latine tend donc à disparaître. C’est très positif. En ce qui concerne la curiosité des élèves, l’enseignant doit manifester son enthousiasme à chaque instant. Comme l’écrit Paul Veyne dans sa préface, on n’entre pas si facilement dans «L’Enéide». De même, dans l’apprentissage du latin, l’élève a besoin de temps pour atteindre le moment où le charme agit. Durant cette période délicate, le rôle du prof est essentiel. Simultanément, il est possible de mettre en avant l’utilité pratique du latin et d’employer la très riche documentation disponible (films, sites internet, livres…). Le principal restant l’attitude positive et la curiosité de l’enseignant lui-même.

– Quelle est la part de jeunes latinistes dans l’effectif du Collège?

– Bon an mal an, la proportion des latinistes est de 15 à 20%, mais les chiffres varient selon les écoles.