Elles sont hautes comme cette chapelle du Palais des Papes aux dimensions de basilique. Deux vidéos coupent la nef. Des charmeurs de serpents dialoguent avec leurs animaux. Sans discontinuer, comme si tout le charme tenait dans les mots. Ces échanges ont été filmés dans la nuit sur les toits du palais avec deux hommes venus spécialement du Maroc. L'ensemble de la chapelle est peuplé d'animaux. Ou du moins de leurs images, sur des moniteurs vidéo disséminés de l'autel au fin fond de l'église. La plupart ont été filmés dans les lieux mêmes. Il y a là trois ânes, des grenouilles, des corbeaux, un paon blanc, un chat noir qui cligne de son unique œil jaune, et encore une grappe de sombres scorpions sur une main. On retrouve les charmeurs et leurs serpents dans la sacristie sud, parmi les tombeaux et les gisants des papes.

Ces papes qui, rappelle le médiéviste Jacques Chiffoleau dans le catalogue de l'exposition à paraître en août, conservaient une ménagerie exotique pour signifier leur pouvoir sur le monde. Les ânes rappellent bien sûr aussi cette «mule du pape» vengeresse qui garda sept ans un coup de sabot et dont Alphone Daudet conta l'histoire. Les références locales ne manquent pas dans le travail très impliqué de Douglas Gordon. Mais bien sûr, son bestiaire rappelle aussi celui qui peuple les trois religions du Livre. Et dans cette église à touristes, il questionne tant notre rapport aux animaux qu'à la foi.

Encore un peu de temps? Alors retournez encore à la Collection pour revoir, dans la grande galerie, un autre animal. Sur les deux écrans d'une installation vidéo monumentale, un éléphant joue la mort, couché sur le flanc, puis, dans un balancement de tout son corps, se redresse sur ses gigantesques pattes.