La France a changé de gouvernement; mais dans la fiction, on trouve toujours un genre de Nadine Morano. La ministre déléguée chargée de l’apprentissage et de la formation professionnelle fournissait une inépuisable matière aux caricaturistes, en premier lieu les Guignols, grâce à ses vives répliques pour la défense de son équipe et du président Sarkozy. Propos tendance brèves de comptoir, voire pire. Une parole décomplexée, diraient des analystes, ou une vulgarité sans nom, selon le point de vue.

Dans Trafics, les sériephiles peuvent percevoir comme une continuation de la ministre déléguée, dans un cadre de fiction. Lancée vendredi dernier, la nouvelle série policière de France 2 suit les enquêtes d’une équipe d’inspecteurs des douanes. Sur le plan narratif, on retrouve, hélas, quelques atavismes de la fiction TV française classique, même si le pays tente de tourner la page (LT du 31.03.2012). Les épisodes ont leur pesanteur, les dialogues, leur lourdeur. Au moins, le cadre permet de changer des environnements habituels: inspirés de faits divers, dit France 2, Trafics explore les épiceries asiatiques, les commerces douteux, les plateformes bien cachées…

Et il y a le personnage d’Iris (Claire Galopin), furie permanente au service des frontières. Des policiers lui volent son enquête? Elle lance des bordées d’insultes qu’on n’osera pas écrire dans notre média de référence. Un collègue fautif se pend sur son lieu de travail parce qu’il va être licencié? Iris, qui vient d’arrêter un méchant, trouve qu’il aurait pu faire ça en dehors des heures de boulot, «ça gâche le travail». Iris, comme figure, c’est l’absence quasi totale de filtre entre la pensée (furieuse souvent, malicieuse parfois) et son énonciation. Ce que les humoristes faisaient de Nadine Morano. Mais Iris, elle, se révèle plus amusante.