Roman

La chartreuse de Parme comme vous l’avez rêvée

Michèle Lesbre tourne autour du livre, de la ville italienne, des souvenirs pour tisser un texte ouvert et libre

C’est un livre très court. Notes comprises, il ne fait que 116 pages. Et pourtant, sa densité et les pistes qu’il ouvre au lecteur semblent infinies.

Rendez-vous à Parme rejoint en cela les autres livres de Michèle Lesbre – Le canapé rouge, Un lac immense et blanc, Ecoute la pluie, pour n’en citer que quelques-uns –, une romancière qui aime les formes brèves. Ses romans – et ce Rendez-vous à Parme ne fait pas exception à la règle – sont comme des fenêtres qui ouvrent sur des paysages changeants, romanesques, comme des respirations qui invitent le lecteur à s’arrêter un instant et à poser son regard dans le passé, vers le futur, vers d’autres œuvres ou d’autres lieux.

Lire aussi: Michèle Lesbre, sur les chemins buissonniers de la mémoire

Les romans de Michèle Lesbre sont, d’une façon ou d’une autre, des récits de voyages. Ses héroïnes se déplacent par le rêve ou l’imaginaire si ce n’est par le train, le métro ou la voiture. Elles s’en vont jusque chez la voisine ou jusqu’en Sibérie; elles s’échappent vers l’Italie, comme Laure à qui un ensemble de hasards donne rendez-vous à Parme. Et ces voyages, quels qu’ils soient, ont chaque fois une valeur initiatique. Ses héroïnes partent pour mieux se retrouver, pour se rassembler, pour faire le point, pour cesser d’être – comme Laure dans Rendez-vous à Parme – une «femme floue».

Paradis

Souvent, presque toujours, il est question d’héritage. L’héroïne reçoit un regard, un récit de vie, un instant particulier, et se demande d’abord qu’en faire. Ainsi, Rendez-vous à Parme s’ouvre alors qu’un dimanche d’hiver Laure plonge dans les cartons de livres qu’un ami décédé, metteur en scène, Léo, lui a légués. Sur le dernier des sept cartons, une inscription: «Voilà des livres dont je me souviendrais au paradis, ils sont pour toi». Et dans ce carton, un roman inattendu parmi d’autres livres plus familiers de Laure et Léo, une vieille édition de La chartreuse de Parme de Stendhal: «Il me le léguait comme si un lien invisible existait entre le roman de Stendhal et nous. Un projet peut-être pour le paradis.»

Lire aussi: «Ecoute la pluie» de Michèle Lesbre

Pourquoi ce livre est-il là, parmi les pièces que Léo a montées, parmi les textes que Laure et lui ont partagés dès le lycée? Pourquoi ce livre lui fait-il signe de manière si impérieuse? Pourquoi convoque-t-il autant de souvenirs, dont ceux de ces après-midi d’été un peu troubles de son adolescence, où un homme mûr lui lisait en secret, à l’heure de la sieste, les aventures de Fabrice del Dongo?

Image d’enfance

«La première phrase de La jetée de Chris Marker m’est revenue en mémoire, «Ceci est l’histoire d’un homme marqué par une image d’enfance.» Nos vies sont peuplées d’ombres flottantes, dit la narratrice. Le deuil, la mémoire, les souvenirs qui affluent ouvrent alors une sorte d’enquête intime, peuplée de livres et de réminiscences, une quête qui la mènera, bien entendu, vers l’Italie.

C’est la quête de Laure, mais Michèle Lesbre n’oublie pas son lecteur. Pour lui, elle convoque des lectures, le souvenir de Stendhal, mais aussi une foule de textes et de films et de pièces de théâtre. Du Grand Meaulnes au Cri d’Antonioni en passant par Elvire Jouvet 40. Seize pages de notes, en fin de livre, détaillent cette trame de fils dorés qui nourrissent la matière romanesque. Et le voyage du lecteur peut alors se prolonger au-delà du livre, vers d’autres livres et d’autres territoires de l’imaginaire.


Roman


Michèle Lesbre
«Rendez-vous à Parme»
Sabine Wespieser, 116 p.

Publicité