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La couverture de «Hunter», signé Roy Braverman (détail).
© Hugo

Thriller

Chasser le tueur en série en hiver

L’auteur hétéronyme de «Hunter» se joue avec art des clichés du roman américain et s’offre une sanglante poursuite dans les Appalaches enfouies sous la neige

«Si tu es à Rome, vis comme les Romains; si tu es ailleurs, vis comme on y vit.» Voici un auteur qui a fait sienne la maxime de saint Augustin et qui s’adapte de livre en livre, allant jusqu’à changer de nom, lorsqu’il change de continent. C’est ainsi qu’on peut lire ce bandeau déroutant sur la couverture d’un thriller intitulé Hunter et signé Roy Braverman: «Par l’auteur de Yeruldelgger», lequel – ses fans le savent bien – a pour nom Ian Manook. Déroutant, non?

Roy Braverman, Ian Manook, mais aussi à l’occasion Paul Eyghar, sont en fait autant d’hétéronymes de Patrick Manoukian, journaliste et écrivain, amateur de voyages et de jeux de piste littéraires et policiers. On l’a suivi passionnément sur les traces de Yeruldelgger, son enquêteur mongol, dans une Oulan-Bator en folie en proie aux mafias et aux trafics, entre yourtes et hypermodernité, et à travers les steppes immémoriales livrées à la sauvagerie sans nom des exploitants contemporains; des Temps sauvages où guettait La mort nomade, pour reprendre les titres de ses romans. Ian Manook s’en est allé ensuite en Amérique du Sud, notamment dans le Mato Grosso.

Non mais tu rêves: t’as vu ta baraque? On est coincés dedans comme les petits cochons par une meute de loups!

On le retrouve, aujourd’hui, plus au nord, dans une vallée des Appalaches au cœur de l’hiver. Il a changé de nom. Il s’appelle désormais Roy Braverman et peuple son nouveau roman, Hunter – enfoui sous une épaisse couche de neige et égaré dans les bois –, d’un shérif, d’un débile, d’un policier noir à la retraite, d’un motel, d’un bowling, de grosses 4x4, d’enquêteurs du FBI, de jeunes filles disparues et de tueurs en série.

Tous les clichés de genre sont là, habilement réarrangés par Roy Braverman qui multiplie les références. On a beau avoir une impression de déjà-vu, entre Deliverance, Fargo et Lolita, pour ne citer que les influences les plus évidentes, l’écriture sèche et directe s’impose. Roy Braverman déploie le même art du récit que Ian Manook et vous embarque, sans prétention mais avec une redoutable efficacité, et de manière bien plus élégante que la plupart des livres du genre.

Tous deux anéantis, sonnés comme dans un coma debout, regardent la forêt sombre et lugubre autour de Pilgrim’s Rest. Encore plus sinistre et terrifiante depuis qu’ils savent

La violence certes est omniprésente – elle régnait déjà autour de Yeruldelgger – mais c’est une des règles du jeu. Si l’atmosphère «américaine» baigne bel et bien tout le livre, l’inspiration chamanique et les mystères du monde indien ressurgissent vers la fin du roman, laissant entrevoir une possible et discrète parenté entre les Mongols des Temps sauvages et les tueurs des Appalaches. Dans cette partie d’Indiens et de cow-boys, il n’est pas sûr que ces derniers l’emportent. A vérifier dans les deux prochains tomes de cette future trilogie, annoncée par les Editions Hugo & Cie.


Roy Braverman, «Hunter», Hugo & Cie, 352 p.

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