DVD

«Les Chasses du comte Zaroff», d’Irving Pichel et Ernest B. Schoedsack

Tourné dans les décors de «King Kong», «Les Chasses du comte Zaroff», qui sort d’un long oubli en DVD, allait plus loin dans son propos sur la cruauté humaine

Genre: DVD
Qui ? Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel (1932)
Titre: Les Chasses du comte Zaroff
The Most Dangerous Game
Langue: Bande originale: anglaise (DD mono). Sous-titrage: français.
Chez qui ? Editions Montparnasse

«On appelle «sauvage» un animal qui chasse pour se nourrir, et «civilisé» un homme qui chasse pour le plaisir.» Ainsi disserte un docteur philosophe, évoquant les «contradictions de la civilisation», dans le cossu salon d’un bateau, en compagnie notamment d’un chasseur émérite, Bob Rainsford (Joel McCrea).

Le navire coulera, parce que des balises ont trompé son capitaine, et le seul survivant, Bob, échoue sur l’île du comte Zaroff (Leslie Banks), lequel retient déjà en douce captivité Eve Trowbridge (Fay Wray) et son frère. Avant de les contraindre à un jeu de chasse particulièrement cruel, où ils seront les gibiers.

Curieux objet que ces Chasses du comte Zaroff. L’adaptation d’une nouvelle de Richard Connell que le tandem Irving Pichel et Ernest B. Schoedsack avait tenu à porter à l’écran, malgré son caractère sulfureux – mélange de sadisme et d’érotisation de l’héroïne-victime. Pour économiser, les deux cinéastes, encadrés par les producteurs Merian C. Cooper et David O. Selznick sous la bannière de RKO, ont utilisé les décors de King Kong, que Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack sortiront une année plus tard. La grosse production exotique a permis cette Chasse – d’abord baptisée au singulier en français, comme l’indique Serge Bromberg dans une brève introduction.

Les deux films, en fait, sont davantage liés qu’en raison d’une simple question d’amortissement du studio, ou parce que Fay Wray y interprète, dans les deux cas, la femme désirée autant que fuyante.

Avant la tragédie du grand singe, Zaroff apportait une incarnation plus radicale de la cruauté humaine. Déjà, l’homme ne sort pas grandi de King Kong, longue agonie du primate martyr, sacrifié au nom de l’appât du gain et pour la grandiloquence du spectacle.

Dans Les Chasses…, c’est encore pire: là, l’humain devient jouet, lâché dans la jungle, pour assouvir la passion essoufflée du chasseur. Le comte Zaroff a tout du héros sadique, au sens littéral, renvoyant aux personnages du Marquis, toujours en quête de nouvelles sensations à pourvoir à un corps émoussé.

D’autant qu’Irving Pichel et Ernest B. Schoedsack n’ont pas lésiné sur le caractère plutôt ambigu de leur démarche. Assumant la dureté du propos pour un film de moins d’une heure, ils font durer les scènes d’exposition le temps qu’il faut, ni plus ni moins. Et prennent un plaisir trouble à s’attarder sur la chasse proprement dite, la marche forcée de Bob et Eve, les vaines tactiques de ce dernier pour déjouer le comte, la course contre la montre…

En sus, le film aura eu son passage au purgatoire, s’agissant de l’édition en DVD. Après des années de disette, il est sorti, à quelques mois d’intervalle, chez Bach Films – qui rétablit le titre au singulier – et chez Montparnasse, dans la collection dédiée aux perles de la RKO. Ce dernier pressage propose en outre une version colorisée.

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