Bande dessinée

Le chat de Steinlein fait des petits

Le festival BDFIL, à Lausanne, adopte une portée de chatons turbulents: cinquante dessinateurs tirent leur chapeau à l’affichiste du Chat noir

Felix le vagabond lunaire, Fritz the Cat le queutard de la contre-culture californienne, Fat Freddy’s Cat qui met le souk dans le taudis des Freak Brothers, Azraël la terreur des Schtroumpfs, Pumby el gato au grelot qui déridait l’Espagne franquiste, le patapouf binoclard de Geluck, Chaminou, le petit détective luttant contre les carnivores, le chat de Gaston qui n’a pas son pareil pour faire échouer les contrats, voire Clark Gaybeul l’innommable machin verdâtre à pif rouge que dessine Edika…

Ils sont nombreux les petits félins amusants à peupler la bande dessinée. A l’origine de cette lignée fantasque, il y a le Chat noir de Théophile-Alexandre Steinlein (1859-1923). L’affiche qu’il a réalisée pour le fameux cabaret parisien, ce fier matou couleur de nuit agitée, assis auréolé sur un socle rouge, est universellement connue et reproduite à l’infini.

Le 23 février 1884, le dessinateur, né à Lausanne, publie dans la feuille hebdomadaire du Chat noir la première de 78 planches consacrées au petit félin domestique, Le Corbeau et le Chat (Fable). D’un trait vif et fin, Steinlein relate en douze vignettes les démêlés d’un minet blanc et d’un corbeau (avantage au second). «Si mes calculs sont bons», il s’agit de «la première planche de BD jamais publiée par un Lausannois…», se réjouit Dominique Radrizzani dans la revue BédéPhile.

Langue pendante

Pour célébrer dignement le 134e anniversaire de cette publication, le directeur artistique de BDFIL a demandé à cinquante artistes de rendre un Hommage à Steinlein et au mistigri fondateur.

Catherine Meurisse s’inscrit dans la foulée des planches muettes du Chat noir avec un chat maigre passant un casting; Haydé ressuscite Milton; Aloys confronte deux souris, une blanche, une noire, roulées comme Quickette et Flupkette, soumises à une autorité féline supérieure; Zep se transforme en matou garou; Baladi se souvient que les chats ont le sens de l’équilibre et l’amour des pelotes de laine pour en poser un sur une portée musicale qui se détricote; Kamagurka et Herr Seele proposent une chasse à la souris dans laquelle Cowboy Henk s’initie à la mystique de l’arroseur arrosé; Blutch imagine la vie aventureuse des minous lorsqu’ils s’éloignent de leur coussin…

Depuis l’Egypte ancienne, les poètes chantent la grâce et les mystères de la gent féline. Il faut avoir vu un spécimen vautré les membres perpendiculaires au corps et la langue pendante, pour se souvenir que le bestiau n’est pas toujours un parangon d’élégance. On peut compter sur Tébo pour rappeler le côté grotesque du chat dans une planche très cartoonesque. Et Cosey? Eh bien Cosey, il est plutôt chien, dessins à l’appui…

Par ailleurs, dix artistes contemporains, extérieurs au monde de la bande dessinée, se sont mêlés ni vu ni connu à ceux qui taquinent les petits Mickeys. Histoire de rappeler que l’expression artistique ne connaît pas plus de frontières que le chat de contraintes.

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