On ne peut s’y tromper, c’est bien saint Nicolas. Barbe blanche, cape vermeille, l’homme foule la neige de son bâton recourbé, la besace chargée de… petits soldats, canons et avions de chasse. Sur sa tête? Plutôt que la traditionnelle mitre, un casque de l’armée française. En décembre 2018, cet étonnant fantassin faisait la couverture d’un catalogue de jouets offert par une chaîne de grands magasins parisiens. Et ce mois-ci, prête son sourire à l’affiche de Noël pour la patrie, exposition au château de Gruyères.

A quoi ressemblaient les Fêtes dans les nations en guerre? Pour sa traditionnelle exposition historique de fin d’année, le musée fribourgeois met cette fois en lumière les heures sombres de l’Occident. Car même quand les conflits font rage, des guerres franco-prussiennes à la bataille de Verdun, les festivités survivent – devenant miroir de la realpolitik et outil de propagande nationaliste.

«Quels que soient les belligérants, les Etats ont utilisé Noël pour unir leurs peuples autour de valeurs communes, et montrer leur puissance», souligne Marie Rochel, commissaire de l’exposition. Jusque sur les sapins où, durant la Première Guerre mondiale, les familles (aisées) accrochaient zeppelins ou sous-marins. «Aux Etat-Unis, on en trouvait des boules à l’effigie de l’Oncle Sam ou aux couleurs du drapeau. Une manière de montrer sa fierté et son soutien à la nation.»

Sapins dans les tranchées

On découvre au château des décorations centenaires, des affiches humanitaires mais aussi des jouets – car l’imagerie guerrière a infusé jusqu’aux jeux d’enfants, à l’image des petits soldats de plomb ou d’albums illustrés. «Comme Bécassine chez les Alliés ou Bécassine pendant la guerre, publiés en 1916, note Marie Rochel. On retrouve l’héroïne en Alsace, une région clé car ballottée entre la France et l’Allemagne.»

Noël se célébrait au foyer mais aussi au front. Si les trêves étaient rarissimes, dans les tranchées de 1914-1918, les Allemands recevaient des sapins et les Britanniques des boîtes en métal avec tabac et photo de la princesse Mary. Les cartes de vœux, surtout, étaient de mise, y compris pour les soldats suisses postés aux frontières. Une Suisse où, à la suite des rationnements de 1939-1945, les décorations en verre ou en biscuit laissaient place au papier mâché.

Moins clinquantes, plus patriotiques, les Fêtes en temps de guerre se voulaient avant tout porteuses de solidarité et d’espoir. De quoi faire écho à celles de 2021, qui en ont bien besoin…


«Noël pour la patrie», exposition au château de Gruyères, jusqu’au 16 janvier. Retrouvez tous les articles de la rubrique «Un jour, une idée».