Culture

Chauffe Marcel!

Marcel Azzola. Chauffe Marcel! L'Archipel, 208 p. «Chauffe

Marcel Azzola. Chauffe Marcel! L'Archipel, 208 p.

«Chauffe Marcel!», l'apostrophe de Brel a valu de l'or à l'accordéoniste. L'or de la reconnaissance: d'un musicien, d'un instrument, noyé sous la «vague de mauvais flonflons» qui succède à son pic créatif des années guinguettes. Ces années, Azzola les évoque avec émotion dans un livre discret où la poésie s'inscrit en creux. Celle des noms d'abord, ces Narcisse l'Aveugle, Nénesse la Béquille ou Riton la Barbouille, locataires à temps complet d'un pittoresque sur lequel l'auteur ne s'étend pas et qui échauffe d'autant plus l'imagination. Rien n'est a priori banni de ces Mémoires vagabonds, où l'on passe de considérations sur la véritable polenta (dont «le nom reste mais la recette change tous les dix kilomètres») à l'anecdote drolatique des «fuites» de Fréhel, ou à la peinture plus pathétique de sa clochardisation ultime. De tout cela, comme des nombreuses trajectoires prestigieuses qui ont croisé la sienne, Azzola se veut témoin, jamais juge, encore moins pipelette. Sa gentillesse est à la fois la force et la limite d'un ouvrage sans amertume ni coups de griffe. Lorsqu'il avance que quelques précurseurs, dont lui-même, ont «fortement initié sans le nommer» le new musette de Galliano, on mesure ce que cet aveu a dû coûter à sa modestie.

Publicité