Plus petit et plus doux. Cette année, la 28e édition de la Plage des Six Pompes rebaptisée Atolls 2021 ne transforme pas La Chaux-de-Fonds en chaudron. Sous la contrainte du certificat covid, les organisateurs ont imaginé huit périmètres fermés, des atolls qui, sur deux week-ends, proposent des créations de danse, cirque, théâtre ou musique venues de France, Belgique et Suisse. Des propositions toujours aussi décalées et inventives, mais moins trash que d’habitude.

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«On sent que les spectateurs ont plus envie de chaleur que de sensations fortes», observe le directeur Manu Moser, qui a dû annuler le festival l’an dernier. L’exigence du certificat covid fait-elle grincer des dents? «Non. Vu qu’on a ouvert un centre de dépistage dont ont profité 800 des 5000 festivaliers lors du premier week-end, les personnes non vaccinées ne se sentent pas lésées.» Que faut-il voir de jeudi à dimanche? Et comment se portent les arts de la rue? Réponses du bouillonnant passionné de la discipline qui, avec sa compagnie Les Batteurs de Pavés, joue une version intentionnellement «massacrée» de Germinal.

La Plage a un profil contestataire. L’idée de «parquer» les festivaliers n’a pas dû être acceptée facilement, ni par l’équipe ni par les habitués…

C’est clair, on a longtemps hésité entre faire ou ne pas faire le festival. Mais les arts de la rue sont déjà tellement fragilisés depuis plusieurs années, en France notamment, avec les coupes budgétaires et les lois antiterroristes qui limitent l’expression sur la voie publique que, par soutien aux artistes et aussi pour conserver l’élan chez nous, on a imaginé cette solution en atolls compatible avec les restrictions fédérales.

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Cette option n’est pas sans conséquences financières. Comme on va passer de 100 000 festivaliers à moins de 20 000 – si le soleil est au rendez-vous ces prochains jours! –, les recettes des bars seront moins copieuses. Du coup, on doit miser sur des formes plus modestes, ce qui correspond aussi à l’époque.

C’est-à-dire?

Cette année, on observe deux phénomènes. D’une part, on a perdu notre public de jeunes adultes, celui des 18-25 ans, qui amenait une bonne dose de turbulence, aspect qui a aussi été noté au récent festival de Chalon dans la rue. D’autre part, quand on demande aux festivaliers de quitter les lieux vers 23h30, donc bien plus tôt que les années précédentes, ils n’opposent aucune résistance. C’est assez vertigineux de voir comment le rapport des gens à la fête a changé… C’est peut-être lié à l’affluence limitée à 3000 personnes par soirée. En tout cas, on n’est pas dans le feu des autres éditions!

A propos de finances, la Plage a aussi décidé d’aider une compagnie locale…

Oui, on a confié la gestion de l’atoll du Grand-Temple à la compagnie Balor qui, depuis deux ans, a dû annuler ses spectacles à cause du covid et qui était en grande difficulté. En investissant cet espace avec ses constructions étranges et en passant le chapeau, cette troupe chaux-de-fonnière se refait financièrement tout en créant un climat particulier. Lors d’une précédente édition, les Balor avaient construit un serpent de 15 mètres de long qui se déplaçait sur huit vélos. Autant dire que l’esplanade autour du temple est plutôt poétique.

La poésie est d’ailleurs un trait général de cette Plage «atollisée»…

On a quand même des spectacles bien secoués comme Roméo, Roméo, Roméo, du Suisse Joshua Monten, dans lequel trois danseurs miment des parades amoureuses animalières à mourir de rire, mais c’est vrai que beaucoup de propositions sont assez délicates et oniriques. Je pense par exemple à la jeune compagnie romande Les Malles, qui crée des spectacles de marionnettes captés par un lambe-lambe, ce dispositif à l’origine de la photographie, et qui offre à un seul spectateur des mini-strips de deux à trois minutes. Icare, à voir de jeudi à dimanche à l’atoll du Collège de Numa-Droz, décrit de manière géniale les efforts d’une poule qui tente de s’envoler.

Un autre coup de cœur?

J’ai un gros faible pour La Tente d’Edgar, un spectacle jeune public où, devant une tente en dur, un comédien un peu revêche raconte plein d’histoires drôles avant de réaliser des tours de magie vraiment pour les enfants. Edgar, de la troupe française La Trappe à Ressorts annonce 700 représentations, c’est un incontournable.

Et pour les adultes?

Du jouissif et du plus sombre. Côté sourire, je recommande les soirées alcool et pinard à l’atoll du Collège de Numa-Droz. Monsieur Patrick, où un pseudo-œnologue raconte son amour du vin, des femmes et en offre au public – du vin, donc. Et Heidi a bien grandi où quatre joyeux drilles accoudés au comptoir parlent de leur vie, chantent et font chanter le public. Deux grands moments festifs.

A l’opposé, je conseille aussi Matin brun. A partir d’une simple histoire de chien, ce spectacle scotchant montre comment le fascisme s’impose peu à peu. Ce qui est glaçant, c’est le rôle du clown qui entre en scène pour alléger l’atmosphère…

Des plans B en cas de pluie?

Non, tout est à ciel ouvert, c’est le principe du spectacle de rue. Le plan B, c'est des gros pulls et des pèlerines!


Atolls 2021, du 5 au 8 août, La Chaux-de-Fonds