Théâtre

A La Chaux-de-Fonds, le pouvoir du rêve selon Anne Bisang

De la flamboyante Christiane Jatahy à l’ultrasensible Olivia Pedroli, la saison du TPR promet d’abattre les murs de la rationalité. Nos conseils

Et si on abattait les murs à coups de fictions théâtrales? Dans le foyer de l’Heure Bleue à La Chaux-de-Fonds, Anne Bisang invitait l’autre matin à une révolution, de feu, d’éther ou de velours. La directrice artistique du Théâtre populaire romand (TPR) fixait de ses yeux sombres l’affiche de sa nouvelle saison: des nuages blancs sur fond azur. A ses côtés, John Voisard, directeur général de la maison, paraissait lui aussi hypnotisé. «Faisons un rêve», disait-elle, en guise de slogan et de cap.

Alors quoi, rêver? Oui. Mais encore? Modifier la carte de ses repères, tiens. S’égarer aussi sur des trottoirs qu’on croit connaître par cœur. C’est ce que propose l’artiste Camille Mermet dans les rues de Neuchâtel. Elle vous coiffe d’un casque et vous voilà embarqué dans une visite surprise de la ville. Le titre de la promenade est une promesse: La Troisième Vérité – du vendredi 18 au dimanche 20 octobre.

Rêver avec Anne Bisang, c’est aussi choisir les ombres qu’on veut fréquenter, danser avec elles, pourquoi pas, accepter que les vases communiquent, que les frontières fondent d’un coup. Il ne faudra pas manquer le retour de l’artiste brésilienne Christiane Jatahy, une fidèle du TPR. Elle y est venue avec une version ardente, en partie filmée, de Mademoiselle Julie d’August Strindberg – renommée Julia. Elle offrira cette fois Le Présent qui déborde, à Beau-Site au printemps.

Dans la salle, vous plongerez dans un film réalisé par ses soins sur les pas des orphelins de la Méditerranée. A côté de vous, des acteurs réagiront à cette nuée de visages perdus. «Christiane Jatahy a un pouvoir de rêveuse extraordinaire», notait Anne Bisang.

La Zurich de Patricia Highsmith

Rêver, c’est tenter d’enrayer la fatalité des guerres anciennes. C’est l’histoire que le journaliste et écrivain Sorj Chalandon raconte dans Le Quatrième Mur. Un jeune homme se met en tête d’exaucer le vœu d’un metteur en scène grec, exilé à Paris. Il montera Antigone dans la Beyrouth ensanglantée de 1982, avec des acteurs palestiniens, chrétiens, druzes. Le Français Julien Bouffier présentera sa version de ce récit poignant.

Et Anne Bisang, à quoi rêve-t-elle, pour elle? L’ancienne directrice de la Comédie de Genève s’est projetée dans la Zurich des années 1990, dans un bar où tout vacille, les identités sexuelles, les sentiments, les cerveaux. Elle y a suivi Patricia Highsmith qui, pour son dernier roman, Small g – Une Idylle d’été, s’inspirait de la fièvre d’un café gay friendly qu’elle connaissait bien. Mathieu Bertholet, directeur du Poche à Genève, adaptera l’œuvre. «J’ai été électrisée par ce récit, par la fraternité joyeuse qui le parcourt», s’enthousiasmait Anne Bisang.

Château des songes

A l’Heure Bleue et à Beau-Site, on déréglera les horloges de nos routines. La musicienne neuchâteloise Olivia Pedroli composera avec les voix enregistrées de son passé, celle notamment d’un grand-père juge qui entendait régler au soupir près sa succession – Les Volontés, en octobre.

Artiste plein de doigté, Gian Manuel Rau mariera Boris Vian et Jean-Luc Lagarce, l’auteur admiré de J’attendais dans ma maison que la pluie vienne. Il a nommé ce pot-pourri Schmürz. Une belle bande d’acteurs, dont Céline Bolomey, Caroline Cons et Edmond Vullioud, tentera de maîtriser les glissements spatio-temporels promis par Vian et Lagarce. Nos usages valdingueront et le monde sera cul par-dessus tête.

C’est ainsi que le TPR se transformera en château des songes.


Renseignements sur le site internet du Théâtre populaire romand.

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