Rarement un film donne-t-il autant l'impression de perdre un bout de vie. Quatre heures et demie de vie. Présenté en compétition, Che, portrait fleuve signé Steven Soderbergh multiplie en effet tous les écueils: inutile et même contestable pour toute personne qui s'intéresse un peu à l'histoire et à l'engagement politique; et sans aucune ligne pour les cinéphiles qui noteront, notamment, que le plan final de cette curée (un plan subjectif ridicule où la caméra tombe et meurt avec son personnage) est le seul du film qui se met à la place de son personnage. Mais que ne ferait-on pas pour impressionner le spectateur quand on n'a rien à lui dire?

Parmi les rares à avoir remporté la Palme d'or avec un premier film (Sexe, Mensonges et Vidéo), Soderbergh surfe depuis deux décennies sur cet adoubement et signe, une nouvelle fois, un ouvrage surfait qui ressemble à sa filmographie truffée d'expérimentations (Schizopolis, Bubble) et de superproductions (la trilogie Ocean's 11, 12 et 13): sans point de vue, mais qui veut bien faire. D'où ce film du non-choix qui pérore doctement, s'attarde sur les scènes d'action et parvient par exemple à passer sous silence le fait, établi, que l'exécution du Che avait été commandée par les Etats-Unis.

En deux parties au cinéma

Interprété par un Benicio del Toro dont l'essentiel du jeu consiste à changer de coupe de cheveux, Che sortira cet automne en deux parties (The Argentine et Guerilla), espacées de deux mois. Cette césure, destinée surtout à faire payer deux fois l'entrée pour un film qui a coûté 70millions de dollars, casse l'unique intérêt du projet: alors que The Argentine raconte la victoire cubaine, Guerilla évoque la débâcle bolivienne et la fin des idéaux. Autant dire que les films ne fonctionnent qu'en écho direct, le positif et le négatif.

Quant à savoir ce que retiendront les spectateurs, en particulier les jeunes, il vaut mieux ne pas s'y attarder: comme pour plaider coupable à son film Traffic déjà soupçonné d'être le premier film pro-Bush, Soderbergh délivre un message qui ratatine tous les idéaux passés et à venir.