Installé aux Marécottes depuis 1969, José Giovanni ne sera plus cet interlocuteur brut de décoffrage qui répondait chaleureusement à toutes les sollicitations. L'écrivain et cinéaste est décédé samedi à Lausanne. Hospitalisé depuis mercredi, il a succombé à une hémorragie cérébrale. Il avait 80 ans et sera enterré mercredi en Valais, dans ces montagnes qui le passionnaient tant.

Ecrivain et cinéaste, se souviendra-t-on, plutôt que cinéaste et écrivain. D'abord parce que José Giovanni a davantage écrit que filmé: 15 films de cinéma et cinq téléfilms contre 20 romans, 33 scénarios et deux récits autobiographiques. Ensuite, parce que, d'un point de vue cinéphile, ses meilleurs films ont été mis en scène par d'autres, dont il fut le scénariste ou le dialoguiste: Le Trou de Jacques Becker (1959), Classe tous risques de Claude Sautet la même année, Symphonie pour un massacre de Jacques Deray (1963), Le Deuxième Souffle de Jean-Pierre Melville (1966), Les Aventuriers de Robert Enrico (1967) ou Le Clan des Siciliens d'Henri Verneuil (1969).

Ensuite? Dès 1966, José Giovanni décide de se servir lui-même. Il débute dans la réalisation en reprenant, pour La Loi du survivant, un épisode des Aventuriers délaissé par Robert Enrico. C'est le début d'une filmographie de la nostalgie, celle de la pègre et de ses codes d'honneur. Mais les temps changent et José Giovanni se réoriente vers des œuvres plus ancrées sur les problèmes de société: Deux Hommes dans la ville avec Gabin et Delon (1973) ou Une Robe noire pour un tueur avec Annie Girardot (1980). Se rapprochant peu à peu d'un contestataire comme André Cayatte pour échapper au troupeau des habiles artisans du «cinéma de papa» des années 70, celui des Verneuil ou Jacques Deray, José Giovanni s'engage. Et n'est pas toujours bien compris: pour lui, la violence est désormais partout, au sein même de sociétés occidentales trop permissives. Il scandalise même, en 1991, en appelant à davantage de films d'hommes, de vrais hommes dans le cinéma français, face au succès des Nuits fauves et bisexuelles de Cyril Collard.

En détention perpétuelle

Ces mots qui ont choqué, cette attirance pour la force, la virilité et les sociétés à poigne lui ont valu beaucoup de critiques. Mais, toujours, revenait l'excuse de son parcours dramatique: l'écrivain et cinéaste avait été, faut-il le rappeler, condamné à mort à 22 ans, bouc émissaire d'un traquenard organisé par son oncle et dans lequel cinq personnes, dont le frère du réalisateur, avaient trouvé la mort. Gracié et libéré, par Vincent Auriol en 1956, réhabilité en 1984 par François Mitterrand, José Giovanni avait appris trop tard que son propre père, qu'il méprisait, avait tout entrepris pour le sauver de la guillotine.

Entre son premier récit, celui du Trou en 1957 dans lequel il raconta sa propre tentative d'évasion de la prison de la Santé, et son dernier film (Mon Père, 2000) consacré tout entier à ce papa perspicace et trop discret, Giovanni laisse l'œuvre, parfois malhabile mais toujours directe, d'un homme en détention perpétuelle, derrière les barreaux de ses souvenirs et de ses aveuglements.