Culture

Chef d'orchestre à poigne, James Levine transmet un savoir qui n'a pas de prix

New York, Munich, Verbier: l'Américain cumule trois postes. Son pouvoir est immense, mais il a acquis le métier à la sueur de son front.

Il est le chef d'orchestre le plus célèbre des Etats-Unis. Son nom est associé au Metropolitan Opera de New York. Mais son empire musical ne s'arrête pas là: il s'étend jusqu'en Europe. James Levine collabore depuis plus de vingt ans avec l'Orchestre philharmonique de Vienne et celui de Berlin. Les musiciens l'adorent: après la disparition subite de Sergiu Celibidache au Philharmonique de Munich, en 1996, c'est lui qu'ils ont plébiscité. Et depuis un an, il s'est engagé comme directeur musical de l'UBS Verbier Festival Youth Orchestra. C'est le projet qui lui tient le plus à cœur. Car en trente ans d'activité, James Levine a appris une belle leçon: que la musique n'est pas un métier solitaire. Et que sans ses musiciens, il ne serait pas grand-chose.

A Verbier, James Levine est reçu comme un pape. Il loge à la meilleure enseigne – l'Hôtel Rosalp –, on lui sert une cuisine de luxe – celle de Roland Pierroz. Il se déplace en voiture, escorté de ses assistants. L'homme n'est pas du genre à batifoler. Son temps est compté: matin et après-midi, il répète avec l'orchestre; le soir, sa baguette vibre encore comme un pendule. 21 heures, à l'école de La Combaz. Les lumières sont toujours allumées: «Jimmy», un linge sur l'épaule, peaufine avec une poignée de jeunes la Deuxième Sérénade de Brahms. Voilà pourquoi il est inaccessible. Voilà pourquoi il est respecté. Reçu avec tous les honneurs.

Evidemment, l'homme se protège. Autour de lui, un staff de trois, quatre personnes. Lorsque Levine accorde une interview, il réfléchit, pèse ses mots. L'ambition, la carrière? «Quand j'étais jeune et que je regardais un chef diriger, je me disais deux choses: «ce monsieur contrôle absolument tout, et comme il contrôle tout, il doit adorer ça.» J'ai découvert autre chose: lorsqu'on a une foule d'individus qualifiés devant soi, chacun porte en lui non pas une demi-personnalité, mais une personnalité entière. L'idée, c'est d'en tirer le meilleur. Et plus un chef perce le caractère d'une œuvre, plus il essaie de la révéler à travers la personnalité de ses musiciens.» Et d'insister sur le travail des répétitions. «S'il faut parler d'ambition, je souhaite que le travail soit bien fait. Je n'éprouve pas la quête du pouvoir, mais un immense sens des responsabilités.»

Et l'opéra? L'ambition d'accéder au Met a toujours été là. Entre l'âge de 15 et 18 ans, «Jimmy» fréquente la Julliard School de New York deux week-ends par mois. Il prend l'avion, s'arrange pour assister à un opéra, au Met, le vendredi soir. Puis intercale ses leçons avec d'autres sorties, au Met. «J'ai entendu tellement de choses à New York que lorsque j'ai dirigé au Met, pour la première fois à 27 ans, je me suis senti chez moi», déclarait-il au magazine Répertoire en octobre dernier. 1973: on lui offre le poste rêvé. Mais James Levine hésite. Il demande conseil à Karajan. Le stratège allemand lui suggère d'accepter, à condition d'avoir dix ans garantis, durée nécessaire pour sceller son empreinte.

Aujourd'hui, James Levine reste le gardien du temple: non seulement directeur musical (dès 1975), mais aussi directeur artistique, dès 1986. La fidélité absolue lui a fait gagner l'estime de ses musiciens. Il a une parole décisive sur les chanteurs invités (Renée Fleming, Ben Heppner…). Les mises en scène sont parfois jugées «conservatrices». Mais l'opéra, une entreprise privée, dépend de ses mécènes (lire ci-contre). Levine a aussi lancé un programme de soutien pour jeunes chanteurs. Au-delà de ses titres et de ses gros salaires, c'est son savoir qui le rend si puissant. C'est dans cet esprit qu'il vient à Verbier, décidé à instiller l'étincelle de la musique chez des jeunes plus réceptifs que n'importe quel fonctionnaire d'orchestre.

James Levine dirige l'UBS Verbier Festival Orchestra, dimanche à 19h, à la salle Médran (Tchaïkovski et Brahms). Loc. TicketCorner ou 027/771 82 82.

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