On se demande, en terminant la lecture de ce grand livre, ce qui l’emporte, de l’admiration qu’on ne peut refuser à l’ampleur et à la profondeur de la vision qu’il offre d’une histoire couvrant quelque vingt-cinq siècles ou de l’irritation qu’il est difficile de ne pas ressentir devant ses imperfections. Dans ma bibliothèque est le livre, publié de manière posthume, auquel Marc Fumaroli consacra ses dernières années, des années qu’un cancer très tenace rendit souvent douloureuses.

L’ouvrage est à la fois achevé et inachevé. Achevé dans la mesure où son projet est formulé de manière parfaitement claire: méditer sur le binôme Guerre et Paix, en partant d’Homère et jusqu’à Tolstoï et Grossman (Vie et Destin) en s’attardant longuement sur les XVIIe et XVIIIe siècles de la France. Inachevé en ce que sa forme, volontiers rhapsodique, ne serait certainement pas restée telle quelle si son auteur avait eu le temps de la corriger.