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Un Soraya aux longues rênes.
© panos pictures

Spectacle

Quand les chevaux descendent dans l’Arena

La salle de spectacle genevoise accueille l’Académie équestre de Versailles. Rencontre en coulisse avec ceux, humains et animaux, qui inventent un corps de ballet unique au monde

La piste de l’aéroport est à tout à côté. Mais derrière les hauts murs de l’Arena, tout est quiétude, glissements, basses conversations. Une trentaine de boxes, autant de chevaux, les Lusitaniens, les Criolos, les petits Soraya. Une valse russe tout à coup, une berceuse qui conte l’amour entre deux arbres séparés par une rivière et qui déroulent sous l’eau leur racines pour se toucher. Les écuyères de l’Académie équestre de Versailles chantent, plutôt bien. Elles sont neuf en tout (un seul homme parmi elles). Ravies de se retrouver là, hors leur maison prestigieuse. Dépaysement garanti. Un tarmac comme horizon en place des allées bordées de tilleuls du château.

Il est rare que la troupe se déplace. Deux à trois voyages par an, pas plus, l’Abbatiale de Saint-Ouen de Rouen, le théâtre antique de Fourvière, Salzbourg… Une chance donc pour Genève que ces cinq représentations de La Voie de l’Ecuyer, spectacle chorégraphié par Bartabas, patron du théâtre Zingaro mais aussi fondateur en 2003 de l’Académie équestre dans la Grande Écurie du Château de Versailles, que la Révolution française avait vidé de ses chevaux. 

L’Arena nous a habitués aux riffs de guitare, aux chanteurs à la mode, aux vieilles gloires. Des animaux en cet endroit, c’est une première. Tout a été chamboulé, une piste de 30m sur 20 montée en moins d’une semaine (une autre en coulisse pour les échauffements est aussi spacieuse), déplacement des gradins et nombre de places limité à deux milles. Marine Poncet, administratrice de l’Académie explique:

Bartabas aime la proximité, l’impression de cocon, que tout le monde voit et entende bien.

Le sable de la carrière est celui du concours hippique international de Genève, une tonne et demie de foin (genevois) est empilée sur des remorques, une douche monumentale a été édifiée pour les chevaux. «L’Académie et nous-mêmes avons été effrayés par l’ampleur du chantier mais le résultat enchante tout le monde. Nous avions déjà accueilli le Cadre Noir de Saumur mais c’était à Palexpo dans un espace plus vaste» commente Michel Mansis, le directeur technique de Live Music qui produit le spectacle.

L’écuyère franco-suisse Emmanuelle Santini est guillerette. Papa et maman qui habitent Annecy seront là vendredi, pour la première. Étonnante jeune femme qui achève en 2002 ses brillantes études d’ingénieur des mines à Paris, plaque tout et postule à l’Académie équestre, corps de ballet d’une originalité folle donc tentante. «Ma base technique à cheval était faible mais Bartabas a compris que j’avais la passion, l’amour. Il a fait un art de la monte et de l’approche du cheval. On apprend le chant, l’escrime, la danse, le kyudo (tir à l’arc japonais). Cette pluridisciplinarité m’a attiré. On est tourné vers le monde extérieur, on a ôté l’œillère du monde équin».

Elle brosse Uccello (nom d’un peintre, tous les chevaux portent le nom d’un artiste, il y a même un Tinguely). «Uccello est un Lusitanien exceptionnel, charismatique, un potentiel de soliste» dit-elle. Emmanuelle est parmi les plus anciennes désormais, formatrice puisque Bartabas charge les expérimentées de transmettre le savoir aux recrues. Elles sont intermittentes du spectacle, deux représentations par semaine à Versailles, un rythme soutenu. Le reste du temps: travail, travail, travail.

Un autre qui ne se ménage pas dans le manège: Philippe Boué Bruquet, responsable des écuries. Il dort sur place dans une caravane, les trois palefreniers aussi. Aux petits soins pour les jolies bêtes, les bercer en ronflant. Lundi, Philippe a envoyé les camions sur les routes au crépuscule. «Parce que de nuit les voyages sont plus doux, moins stress» dit-il. Mais aussi parce que la Suisse est un pays pas comme les autres, aux attentes longues et fastidieuses en douane. «Tout le matériel a été scrupuleusement enregistré, de la selle à l’éperon en passant par le balai» se moque-t-il. Mais à 7h, les vétérinaires ne sont pas encore sur la frontière. Les chevaux ont donc été examinés à l’Arena. Bien joué. «Je craignais pour eux un temps supplémentaire dans les camions» explique-t-il.

Ces célébrités dont certains ont volé vers New York ou Tokyo sont toujours un peu déboussolées en fin de voyage. Remède: orge et son, un barbotage qui relaxe et prévient les coliques. Une indication pour finir: La Caravage est là. Le grand Alezan cuivré filmé par Alain Cavalier (sortie en salle le 28 octobre) est le cheval fétiche de Bartabas. Son maître ne doit donc pas être loin. Tous deux pourraient faire un tour de piste.

La voie de l’Ecuyer, les 2,3,4,6 et 7 octobre à 20h30. Billetterie Ticketcorner

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