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Des cheveux sur la soupe iranienne

Passer la douane iranienne et se voir obligée de masquer cheveux et cou sous un foulard est une expérience relativement violente, quand bien même la touriste est au fait de la loi qui sévit en terre des mollahs depuis 1979. Devoir le garder pour toute apparition dehors et en public est particulièrement contraignant, surtout lorsque le temps est à la canicule. Se faire sévèrement réprimander par de vieilles femmes parce que le voile s’est légèrement retranché est franchement pénible. Tout cela ne dure que le temps d’un voyage. Les Iraniennes, elles, comme les étrangères établies dans ce pays, sont soumises en permanence à cette pesanteur. Les chantres d’un discours qui assure que les femmes se recouvrent par choix peuvent ici aller se rhabiller; Téhéran ne leur offre aucune marge en la matière.

Depuis le 3 mai, elles sont des dizaines à avoir posté des portraits chevelure au vent sur la page Facebook «Moments furtifs de liberté pour les femmes ­iraniennes» (https://www.facebook.com/StealthyFreedom#!/StealthyFreedom). Dans un décor ­verdoyant ou sur une plage, seules ou en groupe, elles ôtent le foulard et rient de cette audace. Plus rarement, elles se dévoilent en ville et devant les passants. Certaines sont soutenues par un ami, un frère, un mari. Sur le site, les commentaires en farsi se mêlent à ceux en anglais, les anecdotes côtoient les encouragements. «Le tiers-monde, c’est quand le rêve le plus fou des jeunes filles est de sentir le vent dans leurs cheveux», écrit un trio de demoiselles. Pour ce frémissement, toutes risquent une amende ou la prison.

Comme pour appuyer leur propos, quelqu’un a posté sur la page l’image d’un homme et de sa femme, sœur ou maman; on ne sait pas, elle est entièrement recouverte d’un niqab noir, qui ne laisse pas même entrevoir ses yeux. Lui est torse nu.