Le temps des séries TV

Chez Guillermo del Toro, le fond de l’air est lourd

Autant le dire d’emblée, le début de The Strain débouche sur une grosse déception. La première série conçue par Guillermo del Toro (L’Echine du diable, Hellboy, Le Labyrinthe de Pan…) repose, au moins en ses fondements, sur une enfilade de clichés navrants, de poncifs visuels et de pesanteurs sous lesquelles les bonnes idées de départ sont écrasées. La suite sauvera-t-elle la mise? Après un tel démarrage, le doute domine.

Montrée en échantillon l’année passée par le Festival Tous Ecrans, The Strain apparaît sur RTS Un ce samedi dès 00h35. Tout commence par un solide suspense d’action et de surnaturel. Un avion se pose à New York JFK, dans d’anormales circonstances. Dans la soute, il y a un être vivant, bien sûr hostile. Et les passagers semblent figés sous de fétides substances biologiques inconnues des plus éminents biologistes – la côte Est des Etats-Unis n’en manque pourtant pas. Contaminés par de fins vers de terre, les gens affalés sur les sièges de cet avion venu de Berlin sont-ils morts? Oui, puis non. Ils vont se montrer plutôt agressifs.

Le spectateur peut se lover dans son canapé et attendre un divertissement massif et univoque tel que Hollywood sait les fabriquer, avec quelques puissantes troupes de militaires et des nuées de gyrophares. Là réside le problème, puisqu’il n’y a quasiment que ça.

Le prolifique Guillermo del Toro, 50 ans, surplombe déjà une carrière riche de l’intensité de ses univers personnels. En ses mains, même le postulat de blockbuster le plus plat devient un spectacle légitime, ainsi dans Pacific Rim. Pour The Strain, il adapte son propre roman, et il s’est notamment adjoint les services de Carlton Cuse, efficace conducteur de séries (showrunner), entre autres Lost ou Bates Motel.

Avec sa première série, pour la chaîne FX, filiale de Fox, le cinéaste et producteur lie petit et grand écrans, tout en semblant vouloir embrasser quelques-uns des thèmes les plus en vue du moment, aussi bien dans le propos que l’esthétique générale: la menace biologique, le virus, les hordes déchaînées (cette fois, l’option vampirique plutôt que zombiesque), une bonne couche additionnelle de complot et un arrière-fond d’ancienne bataille contre le mal, lequel se montre vraiment infatigable. A l’image, l’affolement nocturne en ville, les combinaisons de sécurité biologique, les corps longilignes ensevelissant leurs victimes… Un concentré, si lourd, d’un certain air du temps. Qui ne dépasse pas ce stade.